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Paris-Adler : la Cérémonie…

Paris-Adler

Bullet, Caisson lumineux - 50X75 cm - 2006
Suite à une résidence dans la toute nouvelle fondation Wyspa, à Gdansk (Pologne), au mois d’août 2005, Fanny Adler et Cécile Paris exposent dans une seconde mouture le fruit de leur réflexion à l’Espace Croisé, à Roubaix. La première « version » eut lieu sur place, dans la fondation, installée au sein même des anciens chantiers navals, dans une friche industrielle réhabilitée, lors d’une exposition collective intitulée Dockwatchers. Aujourd’hui, c’est une petite dizaine de pièces qui sont présentées pour Cérémonie, poursuivant les investigations de chacune sur les notions de (vacuité du) spectacle, de célébrations et d’histoires qui font l’Histoire.

Par un hasard du calendrier, leur arrivée en Pologne correspond aux célébrations du 25ème anniversaire de la création du syndicat Solidarnosc. La ville et le chantier tout entier se parent, en l’espace de quelques jours, de milliers de drapeaux rouge et blanc. Jean-Michel Jarre sera pour l’occasion le maître de cérémonie. La comédie humaine se poursuit, à coup de feux d’artifice grandiloquent, même ici. C’était pourtant U2 qui avait été pressenti, avec un peu plus de pertinence, pour le concert et c’est justement le sujet du travail commun des deux artistes qui présentent la vidéo intitulée New Year’s Day. La vidéo fait référence à la fameuse chanson composée par Bono en hommage à Lech Walesa, alors emprisonné, écrivant une missive à sa femme. Alors que le texte est conservé, la musique est modifiée, à la manière de leur précédent travail commun (le disque 36 15 AMOUR), qui les avait vu triturer les chansons « love » de la variété française (de l’Ouragan de Stéphanie de Monaco à L’Eté Indien de Joe Dassin), dans un improbable duo décalé et plein de saveurs, réinterprétant un morceau de mémoire collective de la soi-disant Low Culture. Visuellement, la vidéo nous montre les immenses grues de chargement des chantiers en guise de décor, devenues maquettes par le truchement de la perspective, Fanny Adler surgissant à l’écran, allume un ironique pétard (mouillé) qui n’est pas sans rappeler le fer du soudeur. L’espace d’un instant, la scène s’illumine pour aussitôt retomber dans l’obscurité d’ombres chinoises. Le souvenir d’un visage. Le souvenir d’une époque. Toute la vanité du spectacle, un clin d’œil sarcastique sur le déferlement d’effets spéciaux et le prix de la (véritable) commémoration de l’autre côté du chantier. Décalé...comme la bande son.

Dans une première salle, on découvre une enseigne lumineuse de Cécile Paris, un mot, une faute, Souvenire, et une enseigne lumineuse redesignée pour l’occasion, qui évoque l’échoppe à l’entrée du chantier, magasin de souvenirs où l’on capitalise les reliques du communisme dans une matérialité du souvenir parfois obscène. Tout un programme. De part et d’autre, deux photographies évoquent, comme souvent dans le travail de Fanny Adler, une certaine violence inhérente à notre société mais que l’on ne peut appréhender qu’une fois investi intellectuellement dans l’œuvre. Les photos semblent être des sculptures de gisants, noir et blanc, le grain dur du tirage, le caisson lumineux dévoile un univers clinique. Il s’agit en fait de photos prises par les grévistes au sein même des chantiers, qui vivaient alors en communauté autarcique et qui sont désormais exposées au grand jour dans les jardins du musée. On imagine le premier se reposer à l’ombre d’un arbre, l’autre lancer des slogans. Puis on se rapproche de ces images décontextualisées, et on s’aperçoit qu’une coccinelle s’est posée sur l’œil du « gisant » (A Bucolic Afternoon), qu’une vis s’est fixée (figée) dans le front du gréviste (Bullet) à la manière d’un collage, et Fanny Adler nous fait rentrer dans d’autres scénarii : une balle dans la tête « Une crucifixion moderne » Enfin, un Wall Painting, qui nous laisse deviner une parodie de manifestation, une parade de marionnettes émergeant du sol, nous montre un V de la victoire, vidé de tout son sang.

Les autres pièces sont disposées dans une enrichissante pollution de voisinage, quand les murs restent blancs, la moquette devient rouge, écho flagrant aux couleurs du drapeau polonais, objet de réflexion pour chacune des artistes, Fanny Adler avec Silver & Gold choisit de réaliser un drapeau avec une couverture de survie (celle qu’on utilise dans des situations critiques, précaires ou d’urgence) qui flotte artificiellement, et qui renvoi encore une fois directement à l’imaginaire collectif du drapeau planté par les américains sur la lune en 1969, conquête d’une utopie. A cette installation répondent six sérigraphies de drapeaux américains de Cécile Paris auxquelles on a ôté les étoiles et le bleu de la bannière, ne laissant apparaître que six formes allongées rouges et blanches béantes, liquidées à la même échelle. L’ensemble de cette salle est scrutée par l’installation de Cécile Paris, Vue, à la fois vanité et observateur minutieux de la scène.

Entre un hiatus en forme de souvenir et une violence douce latente, les œuvres de Cécile Paris dialoguent avec celles de Fanny Adler en produisant un supplément de sens, chacune ayant su s’extraire de l’embarrassant poids culturel de leur résidence pour toucher à une séquence élargi du détail.

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++INFO++
  • Espace Croisé - Centre d’Art Contemporain
www.espacecroise.com Cécile Paris - Fanny Adler : Cérémonie Exposition du 13 mai au 8 juillet 2006
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