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Noeud / nouage , symbole culturel et pratique artistique

Drapés
Drapés
Etrange statut que celui du nœud dans la culture occidental. Les Grecs de la période archaïque voyaient la mort comme un fil qui se noue autour de l’individu. Le trépas est le moment où le souffle vital ne passe plus, la strangulation est un nouage. Assimilé à cet univers morbide, le nœud est vite apparu comme un danger, un piège ou une pesanteur dont il fallait se libérer soit par le dénouement soit par la section. En coupant les nœuds, nous reviendrons au fil, à la ligne, à une linéarité salvatrice. Le dénouement serait promesse de libération, voire de guérison, grâce à lui nous approcherions le rêve d’une vie sans attaches, sans pesanteur.

Voir en ligne : www.inecat.org/

Cette conception de la légèreté, les cultures extrême-orientales (Japon, Chine, Corée) ne la partagent pas. La pratique du nœud, tel qu’en témoigne le travail de l’artiste coréenne Kim Sang Lan, est, non seulement, un art traditionnel mais il est, également, un exercice, toujours renouvelé, de libération. La conception orientale du nœud est radicalement différente de celle de l’occident, l’intérêt anthropologique et artistique qui lui est porté est, sur un plan philosophique, le signe de l’acceptation et de l’approbation de la courbe et du détour, là où la philosophie occidentale, depuis Platon, a privilégié, ne serait-ce que dans la conception du temps, la linéarité et la verticalité. La droiture et la fixité acquirent des lettres de noblesse au détriment de la courbe et l’oblique, reléguées au rang de sophismes, d’artifices, voire de tromperies.

Du côté occidental, l’accent est mis sur le défaire alors que, du côté oriental, il est mis sur le faire, la mise en regard des deux approches prouve que le nœud est, en réalité, une entité fondamentalement ambivalente. Gagne-t-on plus à nouer ou à dénouer ? Le nœud est, en effet à la base du filet, du piège, s’il est un instrument de prédation, il est aussi ce qui permet de relier et d’entrecroiser deux extrémités, deux limites, de faire qu’elles se rejoignent.

Faire des liens, relier des éléments, n’avons nous pas là, par la métaphore, une conception vivante de la connaissance ? Ne peut-on pas également considérer l’acte de renouer comme “l’après” logique du dénouement, comme le moyen de redonner une utilité au fil ou à la corde ? Renouer, n’est-ce pas aussi, symboliquement, faire acte de mémoire et de reconnaissance ? Et dans un registre plus léger, n’y a t-il pas dans le vocabulaire du nœud (enlacement, entrelacement, entremêlement) matière à exprimer éros, le désir ? L’entrecroisement des fils, était pour les Grecs de la période archaïque, le symbole de l’union sexuelle.

En réhabilitant le nœud et le nouage, nous prendrons le parti de la courbe, de l’entrelacs, de l’attache, plutôt que celui de la ligne, de la séparation, et du détachement.

30 novembre 2007

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Nœuds / Nouages Kim Sang Lan Le 30 novembre 2007, de 15 h à 21 h 27 rue Boyer 75020 Paris Rencontre co-organisée par L’Institut National d’Expression, de Création, d’Art & Transformation / iNECAT et L’institut franco-coréen Métro : Gambetta (sortie Martin Nadaud), Ménilmontant. Autobus : 61, 69, 95, 26
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