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Montréal au cœur des nouveaux passages d’images

Robert Burley
Robert Burley
La biennale du Mois de la Photo à Montréal fait partie depuis longtemps des évènements majeurs en ce domaine au niveau international.Avec « Les espaces de l’image » en cet automne elle questionne le passage consommé de l’analogique au numérique et les diverses réactions en œuvres et avancées théoriques. Par sa situation géographique Autant que par sa volonté de se doter des moyens les plus performants elle fait le lien entre les scènes nord-américaines et leurs équivalents européens.Pour chaque session le commissaire artistique est sélectionné sur un appel à projet. Cette année c’est la critique et historienne française Gaelle Morel , partie prenante de la revue Etudes Photographique, qui programme la trentaine d’ expositions.

Voir en ligne : http://www.moisdelaphoto.com/

Si le titre volontairement grand public de la manifestation peut apparaître très général la problématique telle qu’elle est exposée et débattue se révèle essentielle dans la spécificité comme dans les pratiques mixtes et dans les tentatives de communication et de diffusion des œuvres. Tout d’abord l’image essaie aujourd’hui de se donner de nouveaux espaces extérieurs, hors des seules galeries et institutions.

Anne Ramsden utilise le procédé traditionnel de l’affiche pour produire dans différents quartiers de la ville proche des lieux d’exposition son Musée du qotidien organisé en collections à partir d’images recyclées du web. C’est au contraire un événement symbolique de la fin de l’ère analogique, le dynamitage de l’usine Kodak de Châlon sur Saône, ville de Nièpce, que Robert Burley saisit avec un film 55, lui aussi disparu en même temps que d’autres supports argentiques. Les nouveaux procédés mis en place par 3M permettent de reporter sur n’importe quel support de grands lais d’image est utilisé pour reproduire cette scène avec le positif et le négatif sur la façade du Centre Canadien d ‘Architecture.Cette institution qui a produit l’œuvre possède une importante collection de tirages dont plusieurs séries récentes de l’artiste, qui recense ainsi dans une esthétique fçon Dusseldorf les fermetures de lieux de production.

Un des partenaires privés du Mois, la galerie Dominique Blais accueille le photographe canadien Michel Campeau qui depuis plusieurs années témoigne en couleurs de la désaffection des laboratoires professionnels et des chambres noires individuelles. Le premier de ses livres sur le sujet « Darkroom » publié par Nazraeli Press, l’an dernier avec une préface de Martin Parr montre sa capacité, à travers le génie du lieu, à saisir des objets et situations des mystères anciens du développement et du tirage, sans nostalgie mais dans la conscience de leur bascule irrémédiable dans les réserves du musée de société du XX ième siècle.

On sait théoriquement depuis les études de Raymond Bellour que « l’entre-images » est un espace d’échanges, exploré en œuvres dès « Film und Foto » en 1929. Ce dialogue et son balbutiement de sens est ici repris par les deux écrans angulaires de Kutlug Ataman et dans la même galerie, B312, par les écrans vidéo de « Mother Tongue » où s’étagent les trois générations de femmes , l’artiste Zineb Sedira, sa mère qui ne parle qu’arabe, sa fille qui ne pratique que l’anglais et elle seule encore capable de faire le lien.

Un autre dialogue générationnel se joue entre deux écrans dos à dos où l’artiste israélienne Yael Bartana rend d’un côté hommage au film de propagande sioniste réalisé en 1935 par le grand portraitiste Elmar Lerski et de l’autre à son propre « Summer Camp ».Elle y joue sans négliger le cliché de plans d’hommes au travail, avec contre-plongée et bouffée de cigarette sur des visages burinés de soleil et d’efforts. Une autre vidéo de la même artiste « kings of the hill » montrant des 4x4 en lutte dans les dunes à la lumière des phares, nous laisse croire à sa capacité de distanciation quant à cet univers machiste.

« La pensée se fait dans la bouche » ironisait Tristan Tzara, le corps de façon métaphorique et même pratique peut se faire aujourd’hui le lieu des images. La bouche et le souffle y contribuent largement, des sténopés de Jeff Guess réalisés avec un morceau de pellicule calé entre ses dents, en passant par la vidéo hilarante de la chinoise Yang Zhengzhong dont les poumons gonflés repoussent des vues d’artères de grandes cités. Le colombien Oscar Munoz propose des images latentes sur surface métallique photosérigraphiée qu’il souhaite faire révéler par chaque visiteur qui soufflera sur la surface. Il voit alors surgir des portraits de victimes politiques.

Une autre fiction nous montre les espaces informatifs et médiatisés par les prix internationaux du journalisme merveilleusement déclinés par l’installation monumental d’Alfredo Jaar « The sound of silence » qui pose la question éthique à travers les destins-images des revues de moins en moins spécifiquement consacrées au journalisme jusqu’à la globalisation capitaliste de collections plus du tout accessibles à ses destinataires lambda.

Le gap entre un modèle et son œuvre est travaillé dans l’installation de Pascal Convert que la galerie de l’Université du Québec à Montréal présente à partir de la photo du massacre à Benthala d’Ocine Zaouar. La traduction de cette scène en une immense sculpture cire polychrome est une œuvre magistrale de la collection du Mudam à Luxembourg. Une vidéo fondée sur le dialogue de l’artiste avec Georges Didi-Huberman pose habilement toutes les questions éthiques que pose le marché de l’information aujourd’hui.

Faut il ajouter qu’un autre partenaire institutionnel l’Université Concordia accueille une pièce remarquable de Joana Hadjitomas et Khalil Joreige « le Cercle de confusion » qui nous promène dans une ville de Beyrouth en éternelle reconstruction de son image, en complément d’une exposition « Je suis là même si tu ne me vois pas » programmée par le lieu , qui joue de la destruction chimique des vieux supports images pour évoquer la fragilité de la vie humaine dans ces situations de conflit.

Toutes ces questions posées par des œuvres d’une haute exigence sont prolongées dans le livre catalogue qui situe toutes les œuvres en ouverture et les complète par les textes théoriques des invités au colloque, dont des propositions d’Olivier Lugon, d’André Habib et Viva Paci et de Gaelle Morel qui conclue « grâce aux évolutions techniques et à l’extension des possibilités muséographiques, les espaces de l’image se réinventent constamment. »La manifestation en est le garant.

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