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Lionel Bayol-Thémines : LES SUPER HEROS, FRONTIERE VIVANTE D’UN MONDE CONTEMPORAIN

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La galerie Kandler de Toulouse a organisé dans le cadre d’ART ELYSEES un solo show des photographies de Lionel Bayol-Thémines, intitulées TITANES LAND (2006/2009). Ces photographies couleurs sont des « montages » de l’intervention de super héros dans nos paysages urbains ou dans notre cadre naturel. Ce concept de titans, né au fil du temps, décliné en sept séries IDENTITY, INTIMITY, TITAN’EYES, TITAN’S MEMORY, LANDSCAPE INVASION, KEEP BORDER est le work in progress du regard de l’artiste sur notre société contemporaine.

Voir en ligne : www.bayol-themines.com

« Il n’existe pas un seul peuple sans masque dans l’histoire de l’humanité. Fuir, se détacher de la réalité, se différencier des autres. Voilà la fonction anthropologique du masque. » Lionel Bayol-Thémines

Parlons de leur naissance : Lionel Bayol-Thémines masque et photographie des personnes lors d’une résidence qu’il effectuait dans une maison de retraite pour artistes de la Fondation National des Arts Graphiques et Plastiques, en 2004/2005. « Je ne voulais pas travailler sur le coté du mouroir , de la fin de vie… Les retraités avaient entre 86 et 97 ans…. Je voulais en faire des héros de la vie. Les gens étaient tous masqués, se mouvaient sur du disco et c’est ainsi qu’est né le concept du super héros, du Titanes, dans cette vidéo. »

Dans TITANES LAND, la première série s’intitule KEEP BORDER. (Photographies couleur de 150 cm x 120 cm ou 160 cm x 120 cm ou 120cm x 90 cm) Les femmes et hommes portant des masques sont photographiées dans l’eau : « je voulais quelque chose de simple, de graphique. Mes super héros empruntent le rôle des keep border ( Garde côtes), une frontière qu’on peut ou ne pas franchir. Chaque fois leur geste est une signalétique. Ils donnent le signe de passer, de s’arrêter, de vous en aller. Parler de la notion de frontière et de la protection de l’espace est plastiquement pour moi une autre voix et une continuité dans mon work in progress…Dans l’eau on est sans repère. C’est la première fois que l’on voit les TITANS dans le monde extérieur. Les Titanes apparaissent en harmonie avec le lieu duquel ils surgissent mais tels des cerbères des fonds marins ils incarnent par leur présence et leur geste le passage frontalier des territoires., » Problématique, quotidiennement présente dans notre actualité

Dans la seconde série, intitulée LANDSCAPE INVASION (photographies couleur de 160 cm x 110 cm ou 120 cm x 82,5 cm ) les Titanes envahissent le paysage urbain. Ils utilisent alors faussement la réalité, se révèlent sur des panneaux publicitaires. « Glissement de l’espace privé à l’espace urbain, public, il s’agit d’une infiltration de notre réalité par celle des Titanes. » Une fenêtre ouverte sur notre quotidien visuel. Le masque est graphisme. Symbiose avec les personnes qui les portent, indivisible d’avec leur personnalité. « Comme s’ils formaient une espèce à part, évoluant dans un monde cohérent. » Le mythe du super héros bon ou méchant est un règlement de compte créé par la société elle-même. « Que sont devenus les super héros d’aujourd’hui ? » Le dieu technologie ? Les hommes politiques ? « Je n’avais pas la culture du super héros lorsque que j’étais enfant, c’est plus tard qu’il s’est imposé à moi. Les Japonais eux, ont une réponse différente, le dieu c’est la techno science, en raison de leur traumatisme dû à Hiroshima et de leur problématique écologique. Chaque civilisation développe un culte du super héros. On a toujours besoin d’avoir un champion… »

Au début je photographiais des corps, puis petit à petit je me suis mis à aimer photographier l’espace du dehors. Mais comment envoyer mes TITANS dans le monde extérieur ? » LANDSCAPE INVASION « est le fruit d’une réflexion sur l’image, sa nature, son utilisation. D’un côté une image parasitaire, contaminant les ceintures de la ville, des routes, des abris de bus…de l’autre une image privée, personnelle et singulière. D’un coup l’encart publicitaire se transforme en écran. L’intimité privée est donnée au plus grand nombre… » Icône de l’image, un « Hollywood is a Verb » écrivait Edward Ruscha en 1983 sur un tableau de couleur rouge. (exposition présentée au Cube art 3000 à Issy les Moulineaux en 2009 et à la galerie 1900- 2000 en 2008 pour le deuxième Parcours de la Photographie Parisien)

Dans INTIMITY, (photographies couleur de 120cm x80 cm ou 60 cm x40 cm) série précédente « épine dorsale de ce pays intitulé TITANES LAND », ces super héros faisant tout ce qui était inutile, déclenchent une réflexion sur la banalité du geste. Autre forme d’intimité. Plan rapproché, petits espaces, les personnes photographiées se prêtent au jeu de l’artiste qui les représentent d’une manière déconcertante comme toute quotidienneté photographiée. Mais les visages se masquent derrière des « traits codifiés des masques de lutteurs » venus du Mexique. Ces gestes du quotidien accèdent alors à une dimension autre que triviale. « Ici interfèrent le banal et la légende en train de s’écrire du super héros…construction identitaire, le héros devient alors un individu avec un vécu, un quotidien, une mémoire. »

Dans PRESS, exposition réalisée à la galerie Kandler à Toulouse en 2009, Lionel Bayol-Thémines crée un cube, monolithe de 3 mètres de haut, où une centaine de couvertures de magazine en suspension sont détournées. La presse définit une société, une civilisation. Le faux permettant à l’artiste de jouer sur la non-uniformation ( information). Le rédactionnel de la couverture offre un regard distancié sur la société. « C’est le tableau d’une réalité saturée de stimuli visuels. »

TITAN’S MEMORY (photographies couleur de 50cm x 43,5 cm) est une série davantage consacrée aux masques et la manière dont ils réfléchissent notre communication.

TITAN’S EYES (photographies couleur de 50cm x 43,5 cm) est une série témoignant de notre histoire et des dix événements les plus marquants au cours du vingtième siècle : on perçoit au travers des regards des super héros dont il ne reste que la trace du masque, la conquête spatiale, le clonage, Auschwitz, l’assassinat de Kennedy, Hiroshima, les Tween Towers, le mur de Berlin, la réconciliation du pape avec celui qui a tenté de l’assassiner, la photographie prise sur un portable de la pendaison de Saddam Hussein…Image résiduelle du masque l’artiste a toujours travaillé sur le rapport du corps, de l’identité et de la mémoire, autour d’un principe dont la Choa a été le vecteur.

Il me montre des travaux plus anciens. Dans cette installation où les gens sont vus de dos, seule la nuque apparaît. Il travaille sur la couleur blanche. Lionel Bayol-Thémines montre la disparition du corps. Trace indélébile des cheveux puisqu’ils ne pourrissent pas. Ce qu’on ne voit jamais. La nuque, symbole de la fragilité de l’existence, mais d’une opposition au monde puisque l’on peut tourner le dos à quelqu’un. « J’avais créé des coussins blancs, troués par lesquels remontaient des cheveux, on pose la nuque sur le coussin…La mémoire renaît du matériel blanc immaculé. Faire rejaillir la mémoire. Les Nazi utilisaient des cheveux pour les faire. »

Puis il crée quatre grands colosses de femme enceintes, parce qu’on « peut vouloir aller de l’extermination à la reproduction, le renouvellement, la perpétuité de l’espèce » Artiste multiple, il travaille ensuite sur des pâquerettes, sans oublier son propos : « la chaux dans les fosses communes, blancheur de fleur qui repoussent sans cesse par delà la mort et l’Histoire ressurgit » Son travail n’est pas uniquement centré sur la Choa, mais sur toutes les formes de génocides qui ont hélas parcouru nos siècles d’Histoire.

S’il travaille sur l’identité, la mémoire et le corps la série ORGA MUTA (2002/2004) exprime sa réflexion sur le clonage, la transgénie, les symbioses : « j’ai joué autour de cela à la manière du cinéma. » Il crée ensuite des enveloppes pour robot, des vêtements en peau. Ces grandes pièces en couleurs pastels sont sans tête. Mais sommes-nous loin de TITANES LAND ?

Dans RESURGENCE, il photographie des bouches desquelles s’écoulent du sperme dans une recherche sur la différence entre la sexualité et la reproduction : « C’est devenu plausible du fait du clonage, qui contient le génome…quelle est l’utilité des matériaux de conservation génétique, sperme/ovule ? » C’est par le jeu que Lionel Bayol-Thémines interroge les manipulations génétiques.

Il travaille « à » TITANES LAND depuis prêt de quatre années. Entre temps, il a réalisé des vidéos à partir de chirurgie esthétique (UPDATE), 6 grands écrans au centre d’une pièce évoquent la reconstruction, l’évolution, la mutation des corps.

Plus que Science-Fiction, le monde de Lionel Bayol-Thémines est un monde à découvrir absolument, puisque c’est du notre dont il s’agit.

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