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La soupape de sécurité de la cocotte-minute

HeHe, Centre d’art contemporain, La Traverse, Alfortville

 - Cloud Crash Nº 3 : Tate Burn out 2016 Maquette, machine à fumée, pilotage électrique 400 x 350 x 250 cm Courtesy the artists
- Cloud Crash Nº 3 : Tate Burn out 2016 Maquette, machine à fumée, pilotage électrique 400 x 350 x 250 cm Courtesy the artists
En passant la porte du centre d’art La Traverse à Alfortville une fumée d’une maquette d’un bâtiment moderne nous accueille. Les plus curieux et connaisseurs reconnaîtront la Tate Moderne à Londres, une ancienne usine d’électricité qui est devenue une fabrique culturelle. Celle-ci brasse des milliers de visiteurs, beaucoup moins depuis la crise que nous vivons et pourtant cette grande institution accueille des expositions qui font date. Nous engageons alors une réflexion sur l’impact carbone qu’elle produit. L’œuvre "Cloud cash n°3 : Tate Burn out" du duo HeHe, composé d’Helen Evans et de Heiko Hansen, nous plonge tout de suite au cœur de la problématique travaillée par les artistes.

Voir en ligne : https://www.cac-latraverse.com

Le duo s’intéresse aux catastrophes domestiques. Il s’est fait connaître dans les années 2000 à l’occasion de leur projet Le nuage vert. Les artistes s’intéressent aux nuages pour tous les symboles et enjeux qu’ils incarnent. Le nuage fait autant rêver qu’il inquiète. Il impose qu’on en prenne conscience. Ces nébuleuses qui ont tant été représentées dans l’art sont des signes de bouleversements climatiques, des indicateurs de la santé de notre planète ainsi que d’une pollution.

Une série d’affiches sélectionnées par les artistes présentant des nuages et de la fumée d’usines ponctuent les murs de la grande salle du centre d’art. Elles témoignent des différentes problématiques historiques depuis l’ère industrielle, qui s’amplifient à l’ère anthropocène dans laquelle nous tentons de respirer et de vivre plus en harmonie avec les vivants non humain. La démarche des HeHe se veut politique et poétique. D’un certain humour, leurs œuvres font passer des messages et nous incitent à prêter attention à nos actions, à nos constructions qui polluent la Terre et nous obligent à retrouver des endroits où l’air est respirable.

Leurs œuvres associent des jeux d’enfants telle que Toy Emission, comme pour mieux nous inviter à penser avec recul à nos conditions de vie dans les métropoles où règne la puissance de la voiture, signe d’une certaine richesse. Peut-on désormais vivre autrement en œuvrant en faveur de notre environnement ? De quelle manière prêter attention à notre planète déjà marquée par la trop grande présence d’immeubles, d’usines et un trop plein de constructions où la nature n’a presque plus de place pour croître ?

Rien de trop pessimiste dans cette exposition car le collectif manie finement esthétique, technique et un certain goût pour l’expérience ludique. Rappelons que les usines constituent désormais un patrimoine industriel et témoignent d’une esthétique architecturale. Les artistes réalisent ainsi une maquette d’une usine qu’ils peuvent alors s’approprier en agissant directement dessus, Cloud Cover (Réacteur pessimiste Européen). La gravité des enjeux au sein de leurs œuvres se révèle par l’humour et le jeu. Plutôt que de nous imposer des images fortes outre les affiches aux slogans significatifs, ils préfèrent construire et élaborer des dispositifs qui détournent la production de fumée.

Dans la petite salle étroite, une installation in situ attire notre regard par sa couleur puis en prenant de la distance, nous percevons alors une forme étrange en mousse expansive qui paraît contraindre l’espace. Une vidéo témoigne de leur œuvre Nuage vert, dispositif optique artistique sur un site industriel, nous alertant sur nos actes en tant que producteurs d’énergie.

La période que nous vivons résonne étrangement dans cette exposition, qui annonce une nouvelle ère. Malgré tout, les artistes utilisent un humour, sorte de catharsis pour mettre en perspective des situations paradoxales. Différentes productions de fumée, d’effluves d’air pollués sont mises en scène au travers d’œuvres qui allient nouvelles technologies et gestes de construction. Cette exposition implique qu’on se laisse happer par les nuages qui sortent étrangement de leurs œuvres. Changement de perception d’une interrogation à la prise de conscience d’une pollution que nous fabriquons. Pour finir sur une note plus optimiste, prenons plaisir à contempler les nuages colorés, nous emmenant dans un autre monde…

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++INFO++
La soupape de sécurité de la cocotte-minute HeHe, Centre d’art contemporain, La Traverse, Alfortville Curatrice : Bettie Nin Jusqu’au 28 août

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