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La photo a toujours besoin d’un encadrement la mettant en scène »

Entretien réalisé après Photo London

PARIS PHOTO 2007 : Avant la foire, c’est comme après la foire : ayant montré leurs capacités avec « Photo London » à Old Billingsgate, l’équipe de Reed Exhibition pour « Paris Photo » n’a fait que se préparer pour le prochain coup. Celui-ci est porté par un marché avec le vent en poupe et par un commissariat de qualité. Deux raisons pour attendre avec impatience l’édition 2007 de « Paris Photo », mettant l’Italie à l’honneur,. La commissaire générale, Valérie Fougeirol, parle dans l’interview qu’elle a confié au mois de mai, juste avant l’ouverture de « Photo London », à notre collaborateur Jens Emil Sennewald, de son rêve de faire éclater des stands de foire, de la photographie respectée et du machisme italien.

Jens E. Sennewald : « Photo London » ouvrira ses portes le 31 Mai, nous sommes aujourd’hui le 15. Cela rend-il vous nerveux ?

Valérie Fougeirol : Je suis dans tous mes états et pour tout vous dire , je suis déjà assez épuisée. Londres était un boulot immense, nous n’avons eu que 4 mois pour mettre tout en route. Et nous étions obligés d’inventer beaucoup de choses, de repartir à zéro sur différents niveaux. Heureusement nous sommes, avec l’équipe de « Paris Photo », devenus une sorte de famille, travaillant de façon bien accordée. À Londres, nous répondons à un besoin, une nécessité même. Nous avons, si j’ose dire, réinventer la foire en tissant plutôt une toile de communication et des réseaux dans la ville au lieu de ne viser que la vente aux vitrines.

JES : Le Louvre à Abou Dhabi, le Centre Georges Pompidou à Metz, « Paris Photo » à Londres et bientôt une antenne berlinoise pour presque toutes les galeries parisiennes – les filiales deviennent légion. En dépit de l’art ?

VF : Oui, peut-être. À mon avis, en général, il y a trop d’extensions des opérations. Mais cela offre aussi une multiplication de possibilités. Londres va élargir nos marges de manœuvre. Nous cherchons à développer le champ de la photographie en nous mettant en contact avec des collections. Une ouverture dont l’art – c’est à dire ses acteurs, les artistes, les commissaires, les critiques, les galeristes et les collectionneurs – ne peut que profiter.

JES : Londres ne montrera que de la photographie contemporaine à partir des années 70. Paris, l’ancienne ville de lumière, va-t-elle devenir la vitrine pour le 19ème siècle ?

VF : Tout d’abord je veux souligner que le rôle d’un salon n’est pas de devenir une institution, il doit rester un lieu de découvertes. Ce n’est pas seulement une marchandise que nous fournissons, le salon offre une expérience avec l’œuvre. Cette convicition nous guide pour la sélection des galeries : nous préférons celles qui amènent un véritable projet au salon. Je souhaite qu’on pense le salon autrement. À Londres, nous avons la chance de repartir de zéro. La foire sera plus petite, plus dense. Bien entendu nous n’allons pas drainer les contemporains de Paris ! Esther Woerdehoff sera aussi bien à Londres qu’à Paris. Je dirais plutôt que nous sommes instruits de Londres.

JES : Qu’est-ce que nous apprendrons de Londres et qu’est-ce que Paris nous offrira ?

VF : Il y a plus d’habileté au niveau des institutions et davantage de goût pour le risque outre-manche. Il nous en faudrait ici à Paris ! Mon objectif, c’est à faire découvrir la foire comme espace d’expérience – quand j’aurais droit à faire exploser des stands classiques de foire, je le ferai sans hésitation ! Nous sommes en train de créer une nouvelle expérience du salon, fondée sur l’interaction et la coopération. Une foire, ça doit être aussi un lieu permettant une certain dérive, des flâneries. Nous proposerons à nos visiteurs de découvrir la ville et ses endroits cachés, ses lieux d’art insolites. Des lieux comme l’atelier de Tilmans ou l’archive du conflit moderne de Timothy Prus à Londres. À Paris nous aurons de nouveau, en parallèle au salon, des expositions importantes de photographie. Nous travaillons depuis six ans sur ce genre de coopérations, car des grandes expositions sont également un moteur pour le marché.

JES : Recémment, le journal « Le Monde » citait un marchand qui disait que la photographie ne serait qu’un genre d’art respecté au moment où « les prix exploseront ». En 2006 il y avait une augmentation de 26% de chiffre d’affaires à « Paris Photo ». La photo, où va-t-elle ?

VF : Ce que tu dénonces ce sont les foires d’art, c’est l’atmosphère du supermarché tel que je l’ai vécu recémment à l’Armory Show. Il est de notre devoir de rester sensible à la signification de l’art, de créer un discours par rapport aux œuvres. C’est une responsabilité qu’ont aussi les marchands. Ce n’est qu’ensemble que nous allons libérer l’energie de ce secteur de l’art. En posant et reposant la question de la réalité, la photographie accomplit aussi une fonction sociale. Illusion ou réalité, vrai ou faux ? Le salon de photographie sera un lieu pour poser et pour expériencer ces questions fondamentales. À cette fin, nous collaborons également avec des revues d’art. A Londres, nous avons une section de 14 magazins. La revue d’art, le portfolio, c’est une autre forme d’espace d’exposition. Espace qui nous manque déjà. Et la croissance de la photo ne fait que commencer, les prix grimperont encore. Pour s’assurer que la qualité marche de pair avec ce devéloppement, la photo a toujours besoin d’un encadrement la mettant en scène. C’est notre objectif de créer un tel cadre.

JES : Le pays à l’honneur en 2007 c’est l’Italie. Pourriez-vous dessiner quelques singularités de la photographie italienne par rapport à celle de la France ?

VF : Je n’aime pas les généralisations, il est important de regarder chaque position artistique individuellement. Mais je dirais que dans la photographie française la figure humaine est nettement plus présenet. En Italie nous trouverons beaucoup de photographie conceptuelle, des paysages, des compositions géométriques, de l’architecture, des natures mortes. L’Italie d’aujourd’hui se montre désenchantée, voir désillusionée. Les images d’aliénation y sont très présentes, vous en trouverez au coin de rue. Il faut savoir que nous avons à Paris le plus grand nombre d’institutions dédiées à la photographie en Europe. En Italie cela n’existe quasiment pas, il n’y a pas de structures pour la photo. En nous rendant compte de cette situation, nous avons eu l’intention de faire du « statement » cette année bien plus qu’une simple présentation d’une scène artistique peu connue. C’est une prise de position, un véritable travail de commissaire d’exposition. L’aide de Walter Guadagnini nous était indispensable pour arriver à mettre en œuvre ce « statement ». La photographie italienne joue un rôle inférieur sur le marché de l’art actuel, la plupart des amateurs ne connaissent que des clichés historiques, les humanistes. Or, il y a beaucoup à découvrir en Italie et pour en présenter davantage, la maison aux enchères Artcurial montrera une exposition de la collection de Massimo Prelz.

JES : L’année dernière c’était, les pays scandinaves à l’honneur, édition aussi dédiée aux femmes. Cette année, avec l’Italie, c’est le tour de l’homme ?

VF : (rires) – Non, le paysage domine, mais comme paysage mental, construit. Finalement, au pays des machistes, tout se joue dans l’imagination.

JES : Il y a presque 85 milliards de photos prises chaque année mondialement. Que faire avec toutes ces images ?

VF : Le tri. Cela nous appartient d’examiner, de trier et puis de présenter ce qui, dans le meilleur des cas, nous semble digne d’être montré et puis conservé. Pour pouvoir apprécier ce travail de tri, il vous faut du temps et un endroit permettant d’apprendre les singularités de chaque œuvre et de faire des expériences qui changent notre perception de la réalité. Le salon est un tel endroit.

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