Accueil du site > Nécessités > Chroniques > La part de rêve

La part de rêve

  • lundi 4 octobre 2010
Sandra Elias sans titre 1
Sandra Elias sans titre 1
Si l’artiste fait partie intégrante de l’œuvre, sa présence dans chacune des photographies ne s’inscrit pas pour autant dans ce que l’on a coutume de définir comme de l’autoportrait. Son statut dans l’image s’apparente plutôt à une « non-présence ». Cet effacement, voulu par Sandra ELIAS, a pour fonction de nous guider. En suivant son regard, nous pouvons ainsi mieux nous enivrer en découvrant le monde onirique auquel elle nous donne l’accès.

Voir en ligne : www.ensp-arles.com

« Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve » Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire.

Cette invitation à passer de l’autre côté du miroir suscite en nous une attraction qui nous aspire, nous grise et contribue à l’émotion esthétique que nous éprouvons à la vue de cette série de photographies réalisées au cours de sa résidence à Arles durant l’automne 2009.

L’usage du sténopé induit une certaine forme d’archaïsme et la lenteur du procédé oblige à modifier notre regard, délaissant la réalité de l’instant pour une esthétique plus intemporelle, plus poétique aussi. Le miroir s’estompe pour laisser la place à une visée directe et aventureuse. Ce qui caractérise le sténopé, c’est son imperfection, ce flou mystérieux qui s’en dégage. Chercher la netteté n’est pas un facteur déterminant ; c’est la part de hasard qui est fascinante. Le fait de ne pas maîtriser totalement ce qui se produit est source de surprise, et la surprise procure une intense émotion. La magie de cette technique rudimentaire de prise de vue, avec sa part aléatoire, passionne la photographe et lui donne envie de partager.

Loin de l’univers digital qui caractérise l’air du temps, Sandra ELIAS nous laisse entrevoir l’intimité de son voyage sur les terres provençales foulées avant elle par un prestigieux prédécesseur. Elle nous livre sa part de rêve en mêlant ainsi le temps et les souvenirs ; effet accentué par la tonalité des couleurs et le grand angle qui rendent difficile la datation des prises de vues qui pourraient avoir été réalisées au début de siècle dernier comme aujourd’hui.

Plus largement le travail de Sandra ELIAS témoigne à sa manière de la résistance de la photographie aux effets de versatilité et d’évaporation de la valeur de l’image induits par la révolution numérique et les nouvelles technologies.

Selon Michel SERRES, il n’y aurait eu depuis l’homo-sapiens que deux révolutions méritant ce nom : la révolution néolithique et la révolution numérique. La révolution néolithique pouvant être définie comme celle par laquelle le nomade se fixe, la révolution numérique serait celle par laquelle le sédentaire fait l’expérience d’un nomadisme sémiologique. Dans ce réseau de relations nomadiques, apatrides usant d’imageries par et pour artefacts dans lequel la virtualité règne en maître, l’aesthesis, la sensation que véhicule la photographie résiste et même, comme nous le constatons ici, sous ses formes les plus archaïques.

Le travail de Sandra ELIAS nous donne une piste quant à la nature même de cette résistance. Si la photographie n’est pas disposée à se laisser ranger au rayon des artefacts c’est probablement parce qu’elle continue à nous procurer la part de rêve dont nous avons tous tant besoin.

L’artiste nous fait rêver en laissant des traces de son passage et accomplit ainsi sa mission. Car, comme l’avait si bien pressenti René CHAR, "un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver."

haut de page
++INFO++

"Regards croisés" Sandra Elias - Alexandre Maubert Exposition : du 16 septembre au 15 octobre 2010 Vernissage Le 6 octobre 2010 à 18h

Heures d’ouverture : du mardi au samedi de 15h à 19hdu. École Nationale Supérieure de la Photographie 16 rue des Arènes BP 10149 - 13631 Arles cedex - Tel : 04 90 99 33 33.

Partenariat

Cliquez visitez tez

JPG - 13.2 ko
Entrer dans l’oeuvre Saint Etienne

2ème Salon Turbulences

JPG - 37.6 ko
Paul Pouvreau

Cristine Crozat Entre les mondes Pixy Liao Arcoop Wallproject


www.lacritique.org - Revue de critique d'art
Plan du site | Espace privé | SPIP