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L’eau d’en haut

L’eau d’en haut

L’infusion réciproque des Oeuvres de Christine Jean et des paysages de la baie de Somme.

Ce soir là, à la Réserve, Christine Jean nous présentait ses dernières toiles et Hans Bouman donnait à voir un joli petit film. Tous deux avaient survolé et filmé les eaux et les terres de la baie de Somme à bord d’un ULM. Ces images, Hans Bouman les mélangera à celles du tableau en train de se faire dans un délicat mixage. On pourra y voir Christine Jean arpenter sa peinture, laissant les empreintes de ses chaussures comme autant de départs à sa création.

Ainsi la mouvance de l’eau et l’espace du sable, tout aussi liquide, se confondent, se prolongent dans un mouvement ondulant. Ruissellement de l’eau qui peine à trouver un chemin, qui sans cesse s’échappe, se fond, se dissout dans le sable. Sont-ce les rigoles qui ravinent, modèlent le paysage de cette liquidité sableuse en maillage de réseaux ou les bancs de sable qui sculptent la surface de l’eau en contours indécis ? Tout est remis en question quand le ciel s’en mêle pour estomper de ses vapeurs nuageuses, la ligne d’horizon. Ciel, terre, eau, confondus dans une inquiétante étrangeté aux repères dissous. Des mondes se chevauchent, se pénètrent, se fécondent en d’inconstantes lignes. Espaces aux frontières mouvantes qui se dissolvent dans le perpétuel mouvement de la vie qui se cherche, se trouve et reprend son chemin vers d’autres formes et d’autres disparitions.

L’espace de la toile devient alors prétexte à l’expression du temps qui s’écoule, sans début et sans fin. Ce temps fluide qui nous échappe, qui file entre nos doigts, qui se joue des obstacles et de nos petits barrages singuliers qui tentent d’en endiguer le flot. Nous sommes ainsi placés au cSur de l’impossibilité de lutter contre notre finitude. Pourtant dans l’espace du tableau, des entrelacs de lignes noires grillagent parfois la surface comme pour en stopper le cours& mais en vain. Les petits formats apparaissent alors comme des tentatives de morcellement vers des espaces de plus en plus petits, où l’on serait à l’abri de ce temps qui fuit, occuper le moins de place possible pour fuir l’angoisse.

Devant les Suvres de Christine Jean le paysage et l’humain se rejoignent. Le paysage dans sa perpétuelle mouvance, dans ce chevauchement des éléments, brouille nos certitudes. Emergence, résurgence comme l’écrivait Henri Michaux, le fond et la forme sans cesse se jouent de nous. Alors laissons-nous conduire aux confins de nos incertitudes, là où le ludique peut apparaître, la surprise peut nous prendre& et nous pourrons nous réjouir de cette écriture de l’improbable qui nous est offerte.

A Saint-Riquier où l’exposition de Christine Jean se prolonge, cette hardie passagère d’ULM conquiert d’autres espaces, ceux plus vastes des grands formats et ceux plus solides des 854 galets céramiques qui nous y conduisent.

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