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K… comme Kafka

K comme Kafka

Écrivain, historien et critique d’art, Gérard-Georges Lemaire a dirigé la collection « Connections » chez Flammarion et la revue L’Ennemi, chez Christian Bourgois. Il a publié plus d’une quarantaine d’ouvrages dont : Les préraphaélites (Bourgois, 1980), Cafés d’artistes à Prague (Éditions du Chêne, 2002), Le goût de Trieste (Mercure de France, 2003). Il est considéré comme un des spécialistes de l’œuvre de Franz Kafka. L’exposition Kafka de 2002, qu’il avait bâtie au musée du Montparnasse à Paris, est aujourd’hui relayée (mais enrichie) par quatre lieux de la région Midi-Pyrénées : le musée des Beaux-Arts de Gaillac, le château de Linardié, le château-musée du Cayla et l’abbaye de Beaulieu.

Nous l’avons rencontré à la mi-mars à l’issue d’un débat à la librairie Ombres blanches (Toulouse). Il collabore désormais aux Lettres françaises, que republie Jean Ristat, encartées chaque premier samedi du mois dans le journal L’Humanité. Entretien.

Alain (Georges) Leduc : Cette seconde exposition semble pensée par vous non comme une reprise, mais comme une amplification de la manifestation d’origine. Une nouvelle phase qui propose une relecture de Franz Kafka par vingt-trois artistes contemporains, dont la sélection, par rapport à celle de 2002, s’augmente des noms de Hans Bouman, Daniel Dezeuze, Solange Galazzo, Gilles Ghez, Paloma Navares et associe des artistes travaillant dans la région : Bernard Barillot, Chérif & Géza, Claude Jeanmart, Violaine Laveaux, dont on voit un très suggestif « Ordradek » à l’abbaye de Beaulieu.

Gérard-Georges Lemaire : En effet. Dès 2002, dans le cadre de la saison tchèque (Bohemia magica), l’AFAA [Association française d’Action artistique] m’a demandé d’organiser une exposition sur l’écrivain praguois. Intitulé « Métamorphoses de Kafka », le projet comprenait deux grandes sections, l’une à caractère historique, l’autre entièrement constituée d’œuvres contemporaines spécialement réalisées pour l’occasion. L’exposition a été présentée à l’automne 2002 au Musée du Montparnasse et a fait l’objet d’un important catalogue publié aux Editions Eric Koelher.

Alain (Georges) Leduc : Votre approche engage le regard que des artistes d’aujourd’hui peuvent porter sur la vie et l’œuvre de l’écrivain tchèque. Chacun d’entre eux a choisi soit de traduire un des écrits, soit de se focaliser sur un épisode de son existence, ou encore d’éclairer une dimension de son imaginaire. Concevoir un tel commissariat, disséminé sur quatre lieux parfois un peu distants, cela n’a pas dû à la fois être facile et de tout repos...

Gérard-Georges Lemaire : Quatre lieux, c’est compliqué. Les lieux sont très différents et mon problème a été de conjuguer le désir des responsables et les œuvres. Quand j’ai vu le musée de Gaillac, j’ai compris qu’on pouvait y mettre des choses plus conventionnelles. De la peinture, par exemple. Il me fallait un lieu spécifique pour Catherine Lopès-Curval. Elle a travaillé sur Le Procès. Elle a fait plus de trois cents toiles, et elle continue. Elle montre ici, à Gaillac, 44 tableaux. Voilà une réponse adaptée. L’abbaye de Beaulieu, ensuite. Un lieu magique. Il y fallait des œuvres d’une certaine ampleur, qui ne puissent être dans d’autres lieux. Linardié, c’est un tout autre espace : une espèce de ruine un peu restaurée qui se prête davantage à l’art contemporain, installations, vidéos, etc. Le Cayla a une dimension plus littéraire : aussi ai-je je souhaité aller dans cette direction-là. Ainsi l’idée de l’exposition repose-t-elle sur des articulations : la vie de l’auteur ; sa famille, ses amis ; la biographie ; puis le Cercle de Prague ; et enfin une section à laquelle j’étais attaché, et qui est essentiellement celle des rêves et les journaux. L’auteur tenait un journal, dans lequel il retranscrivait ses émotions, ses tourments, y consignant ses rêves et qu’il concevait comme un réservoir de poèmes, de fragments narratifs, un atelier d’écriture, en somme. Tout cela s’est fait dans une familiarité avec les artistes, une longue connivence. Et puis, j’ai travaillé en collaboration avec les quatre directeurs des lieux qui se sont engagés dans l’aventure : Brigitte Benneteu, pour le château-musée du Cayla, Jean-Pierre Colle, pour l’abbaye de Beaulieu, Danielle Delouche, pour le château de Linardié, et Bertrand de Viviès, pour le musée des Beaux-Arts de Gaillac. Mon ambition a été de produire un événement qui soit un moyen à la fois efficace et plaisant de découvrir le microcosme de cet homme si complexe et si énigmatique, qui a laissé une empreinte profonde dans l’histoire du roman du XXe siècle, tout en fournissant au visiteur la faculté d’entretenir une relation privilégiée avec les productions de l’art de son temps. J’ai essayé de répartir les artistes le mieux possible, que l’on n’ait pas cinquante visions de La Métamorphose, par exemple.

Alain (Georges) Leduc : Comment peut-on réaliser une exposition spécifiquement littéraire par des moyens plastiques ?

Gérard-Georges Lemaire : Cette question m’a longtemps hanté. La difficulté a résidé dans l’élaboration d’un parcours simple et intelligible par tous sans pour autant brider la liberté des artistes. C’est donc bien sûr au gré de longues discussions que les différentes sections sont nées, comme la mise en espace de son univers avec cette Chambre de K., de Jack Vanarsky, qui met en scène la chambre de Kafka, ou Vladimir Skoda, qui condense en une sphère sa perception du monde.

Alain (Georges) Leduc : On a trop vu de caricatures de Kafka... Ce visage de « choucas »...

Gérard-Georges Lemaire : Il faut dissiper l’image réductrice, absurde, d’un Kafka malingre. C’était un bel homme, de grande taille. Un homme qui a d’abord fait des études de chimie...

Alain (Georges) Leduc : Très brièvement.

Gérard-Georges Lemaire : Puis surtout de droit. Il n’était pas un petit employé. Kafka a caressé quelque temps en 1907 l’idée de devenir artiste, poussé en ce sens par Max Brod, son éternel mentor. Les dessins qui nous sont parvenus témoignent avec éclat de son talent dans ce domaine.

Alain (Georges) Leduc : Les dessins à l’encre de Chine, « hiéroglyphes d’un destin personnel ». Il admire Van Gogh, remarque le travail de Picasso lorsqu’il passe à Paris.

Gérard-Georges Lemaire : On doit considérer la place des arts plastiques dans son travail. La proximité avec Alfred Kubin, notamment.

Alain (Georges) Leduc : Parlons de la scénographie, de l’accrochage. Kafka dans quatre lieux aussi différents qu’un musée des beaux-arts, des châteaux et la fameuse abbaye de Beaulieu. À s’y perdre...

Gérard-Georges Lemaire : L’accrochage a été beaucoup déterminé par les lieux. Il y a eu des problèmes réels de lieux. Mais je me sens néanmoins, en tant que commissaire, très content de l’ensemble. L’équilibre entre une œuvre littéraire et une œuvre artistique, cela n’est jamais facile. Je voulais m’approcher de l’œuvre de Kafka à travers le regard des artistes et que l’on voie une telle exposition comme dans un musée. Telle était la gageure. Mon but était d’avancer, de faire relire Kafka. À chaque fois, c’est une vision très idiosyncrasique, très particulière qui prévaut. Il est important de provoquer une sorte de décalage.

Alain (Georges) Leduc : Vous parlez d’« équilibre »... Alors qu’il commence à écrire, Picasso peint Les Demoiselles d’Avignon, Einstein vient d’exposer sa théorie de la relativité. Le parallèle est sensible avec les incrustations qu’opère Kafka dans le récit, je pense aux collages, à la perspective brisée en miettes par les cubistes. Tout est toujours question d’espace, chez Kafka. D’escaliers, comme chez Piranèse. Espaces littéraires, espaces architecturaux se combinent à l’envi.

Gérard-Georges Lemaire : Les romans sont inachevés. L’Amérique n’est qu’un brouillon ; Le Château, il lui manque un chapitre ; Le Procès, on ne sait pas où il va... Les nouvelles s’arrêtent au milieu d’une phrase... Ça tombe dans le vide. Le nombre d’œuvres finies se limite à sept ou huit. Il y a des petites choses qui tiennent sur trois, quatre pages, et qui sont de petites merveilles.

Alain (Georges) Leduc : Personne n’est tombé dans le piège de l’adjectif « kafkaïen » ?

Gérard-Georges Lemaire : Je me méfie de la kafkalogie. C’est une folie. Je suis tombé un jour dans un colloque rassemblant des spécialistes de Kafka, des universitaires. Il y avait un intervenant qui voulait démontrer que Le Procès était mal construit... Je n’ai volontairement pas mis d’abstraits bien qu’un grand, Atlan, se soit frotté à Kafka.

Alain (Georges) Leduc : Il y a cependant Daniel Dezeuze, dont Danielle Delouche, la directrice artistique de Linardié, écrit que « la Muraille de Chine, matérialise le fragment, l’inachèvement, le vide constitutifs du récit et de l’écriture même de l’auteur »...

Gérard-Georges Lemaire : Un « nouvel arrivant », mais que je connais depuis très longtemps. J’aime travailler avec des gens qui ont envie de s’investir. À Paris, je n’avais ni les moyens, ni l’espace. Ici, j’ai pu rattraper des choses. Daniel Dezeuze a choisi La muraille de Chine...

Alain (Georges) Leduc : Forcément. On connaît son intérêt de longue date pour la Chine.

Gérard-Georges Lemaire : Dans le cas de Daniel, la déconstruction ramène toujours à une reconstruction de l’art. Il revient à la peinture par ses propres moyens. Ses claies en volume sont des peintures sous une autre forme.

Alain (Georges) Leduc : Je vous cite Jean-Pierre Colle, son administrateur, que j’ai rencontré à l’abbaye de Beaulieu : « L’œuvre de Kafka implique une totale immersion du lecteur, a fortiori lorsqu’il s’agit pour le plasticien de l’illustrer dans une forme sensible et, double pari, de rendre lisible cette illustration. Se trouve ici posé un véritable problème de traduction, qui n’est plus celui du texte soumis aux contraintes et aux contingences syntaxiques mais, plus précisément à une interprétation par des artistes qui, jouant sur le registre propre à chacun - ce qui ne saurait être confondu à un "vocabulaire" - renvoie au texte auquel ils auront en quelque sorte et j’oserai dire accompli la métamorphose. » Il est toujours risqué d’« illustrer ».

Gérard-Georges Lemaire : L’écriture y est interprétée, matériellement, comme chez Barillot. L’écriture transparaît aussi à partir de l’installation de Jack Vanarsky, qui travaille sur des objets qui bougent. Je lui avais demandé de faire à Montparnasse une chambre de Kafka. Je fais toujours des commandes assez larges. Je ne souhaite pas enfermer l’artiste dans des choix trop précis, je ne suis pas un prince du XVIIe siècle ! Il a représenté une porte entr’ouverte, et il y a une grande oreille qu’on entrevoit et qui bouge. Une table, un livre. La poule de Kafka. Tout cela bouge imperceptiblement.

Alain (Georges) Leduc : Le déséquilibre, encore... Les dessins de Kafka, justement, sont toujours construits dans l’esprit d’un porte-à-faux, souvent à la limite entre un déséquilibre naturel et un déséquilibre forcé. Je pense au burlesque des marionnettes humaines du théâtre yiddish, qu’il affectionnait.

Gérard-Georges Lemaire : Oui, et c’est pourquoi ces expositions ne sont pas seulement documentaires, mais vivantes. Le but est de faire découvrir Kafka à ceux qui ne le connaissent pas ou qui le connaissent très mal, et de le faire découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas.

Alain (Georges) Leduc : Kafka serait-il un sujet inépuisable ?

Gérard-Georges Lemaire : Il n’est pas une année où, pour ne parler que de la France, ne sortent plusieurs ouvrages sur Franz Kafka. Rarement un auteur a suscité autant de commentaires. Il sort tellement de livres sur Kafka que c’en est devenu une maladie. Autrefois, il fallait des indulgences pour échapper à l’enfer ; aujourd’hui, il suffit d’écrire un essai sur Kafka pour entrer au Paradis ! En fait, à part celle de Max Brod, il n’existe que quatre biographies sérieuses. Dans l’optique de cette pléthore éditoriale, celle que je viens de publier dans la nouvelle collection d’inédits en Folio est au moins originale : depuis les souvenirs de Brod, c’est le premier ouvrage de ce genre qui paraît en poche. Kafka est aussi l’un des rares auteurs étrangers à être au programme des lycées depuis plusieurs décennies. En 2006, l’un de ses romans, Le Procès, est au programme du baccalauréat. En sorte qu’il demeure, plus de quatre-vingts ans après sa mort, un auteur contemporain. Je n’étais pas destiné à écrire une biographie de Kafka. Mais en fait, la vie est instruite de cette manière. C’était sans doute mon destin.

23 artistes contemporains proposent leur vision de la vie et de l’œuvre de Kafka dans un parcours réparti dans quatre lieux de Midi-Pyrénées.

Un découpage commode, en « sections », déclinées en adéquation avec l’architecture et la mission de chacun des endroits : un musée des beaux-arts, à Gaillac ; un lieu d’art contemporain, au château de Linardié ; une maison d’écrivain, au château-musée du Cayla ; et un centre d’art contemporain dépendant des Monuments historiques, à l’abbaye de Beaulieu.

« À Gaillac, ville de brique et de rues médiévales, le château et le parc de Foucaud marquent l’espace urbain d’une touche de classicisme aux volumes et aux lignes sobres, posés dans un environnement de parterres et de terrasses à l’italienne, espaces calmes et ordonnancés (...), les toiles de Catherine Lopès-Curval font battre un cœur angoissé aux interrogations sourdes, celle de l’univers de Kafka », écrit Bertrand de Viviès, conservateur du patrimoine pour les musées de la ville. « Chacun est placé dans un espace clos et silencieux où se figent des personnages mécanisés imposant toujours au spectateur des séquences qui semblent coupées, répétées. »

Pour le château de Linardié, étrange bâtisse nichée dans un boqueteau et fraîchement sauvée du délabrement, cette exposition constitue le premier volet d’une interrogation portant sur relations entre arts plastiques et littérature dans la création contemporaine. Gilles Ghez y concentre en ses boîtes énigmes et labyrinthes ; Anne Gorouben et Andrea Fortina y puisent dans les réservoirs du rêve et les replis de la conscience ; tandis que Claude Jeanmart et Hans Bouman mettent en images mobiles et en sons une trajectoire d’écrivain semblable à une traversée impossible.

La place dans ce dispositif du château-musée du Cayla, propriété du Conseil général du Tarn, peut paraître incongrue. « Qu’y a-t-il de commun entre Maurice de Guérin, auteur français de poèmes en prose au XIXe siècle et l’écrivain pragois du XXe siècle » ?, s’interroge en effet Brigitte Benneteu, conservateur départemental. « Même vie courte, même maladie, même souffrance, même mélancolie. Maurice et Franz sont deux êtres déchirés, avides de toucher à la plénitude de la création. Leurs journaux intimes sont le reflet des combats intérieurs, de cette obsession d’écrire et de taire à la fois. Des romans et nouvelles de Kafka ou des poèmes de Guérin, ressort une identique torpeur de l’existence qui donne corps à des monstres emblématiques. » Un lieu de mémoire littéraire où les sept artistes invités, Sergio Birga, qui confère à ses xylographies des formes picturales proches de l’expressionnisme ; Valerio Cugia, dont la recherche esthétique s’oriente vers l’approfondissement d’un langage situé entre paysage et portrait ; Gerardo Dicrola, en expérimentateur de l’Arte povera et admirateur de Giorgio de Chirico ; Benoît Tranchant - mais son patronyme l’y inclinait -, qui s’est attaché à la figure même de l’auteur et retient, dans la forme de son visage, les pointes des oreilles, son nez anguleux, cette « belle laideur » dans laquelle transpirent la mélancolie et l’inquiétude, « comme si ce visage contenait et exprimait l’histoire personnelle et l’Histoire dans toute sa dimension » ; Solange Galazzo, qui dans les nouvelles de Kafka comme « Le Terrier » et « La Taupe géante », retrouve sa fascination pour le monde souterrain d’Hadès, le forgeron maudit ; Nathalie du Pasquier, née à Bordeaux en 1957, choisissant de rendre compte de l’ultime repas servi par sa sœur au héros de « La Métamorphose », un pauvre repas, par terre, dans un vieux journal, le contraire d’une belle nature morte hollandaise ; ou la franco-américaine Patricia Reznikov, qui travaille depuis 1987 comme illustratrice pour la presse, l’édition et la publicité et s’attarde au personnage du « chasseur Gracchus » ce mort si vivant, à l’image de Kafka lui-même, explorent l’environnement intime de l’écrivain.

Autant de visions qui prolongent une œuvre en une œuvre nouvelle.

On sait que Pierre Brache et Geneviève Bonnefoi firent don, en 1973, après dix années consacrées à sa restauration, de l’abbaye de Beaulieu à la Caisse nationale des Monuments historiques et des Sites - aujourd’hui Centre des Monuments nationaux. Un magnifique ensemble cistercien sauvé in extremis de la ruine qui trouva ainsi une nouvelle vocation en devenant le premier Centre d’Art contemporain en Midi-Pyrénées, permettant d’y instaurer des correspondances formelles que n’eussent probablement pas désavouées ceux qui, huit siècles auparavant, dotaient l’Europe d’un réseau de foyers intellectuels.

Aujourd’hui, c’est la figure tragique de Franz Kafka, qui par le truchement de multiples explorations, se prête à autant d’occurrences fertiles.

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++INFO++
  • K... COMME KAFKA
4 lieux, 23 artistes Du 11 mars au 14 mai 2006
  • Musée des Beaux-Arts de Gaillac
81600 Gaillac Tél. 05 63 57 18 25
  • Château de Linardié
81600 Sénouillac Tél. 05 63 81 59 29
  • Château-musée du Cayla
81140 Andillac Tél. 05 63 33 90 30
  • Abbaye de Beaulieu
82330 Ginals Tél. 05 63 24 50 10
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