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Je rêve un musée d’art contemporain Nuit du 15 au 16 janvier Je rêve un musée d’art contemporain où dans l’une des salles une petite œuvre reste en place au fil des diverses expositions qui se succèdent. Comme oubliée, laissée sans signature, mais si bien là que chaque artiste, à chaque nouvelle exposition, la fait sienne, se la réapproprie et l’inclut dans son propre paysage. Au point que son enlèvement apparaîtrait comme un geste déplacé. Jean-Max Colard, Rêves Critiques
je rêve une suite de salles voûtées... Nuit du 8 au 9 juin. Caen. Je rêve une suite de salles voûtées en pierres anciennes, recouvertes d’une épaisse moisissure, grumeleuse, moussue, aux couleurs dégradées, ocre, vert, rouille. Par endroits, légèrement enfoncées dans le sol mouvant, émergent des petites sculptures très moches, en cuivre ou en bronze. Le nombre des salles, leur vastitude m’impressionnent, et je ne me souviens pas que le « Frac Basse-Normandie », et qu’aucun Frac d’ailleurs ait jamais été si grand, comme si l’artiste avait su approfondir et agrandir l’espace d’exposition, y trouvant des excavations inexplorées. A l’étage, une toute petite porte en bois, d’abord fermée, donne sur une pièce en pente, très basse de plafond, au sol recouvert d’une poudre blanche, ou de sable — produisant l’effet d’une zone désertique. L’instant d’après, je rampe et m’enfonce dans une masse de coton blanc. Le nom de l’artiste me reste inconnu. Et du coup je ne sais à qui donner le crédit de ce paysage, de cette transformation totale de l’espace d’exposition. Je m’étonne longtemps que l’étage supérieur puisse supporter ces terres, ces lieux lointains, un tel poids, toute cette masse de coton. Etrangement, le rêve de cette exposition se double en moi de son commentaire critique. Dépréciation des sculptures en cuivre (ou en bronze ?), et quant au jugement porté sur la totalité de l’exposition, un doute s’immisce — quel intérêt au fond, quel sens à ces suites d’espaces sensoriels ? — et jusqu’au réveil j’oscille ainsi entre le doute et la fascination pour les artistes qui rêvent expéditions, terres inexplorées. Note Si certains rêves demandent à être notés dès le réveil, voire au milieu de la nuit sur mon petit cahier jaune, m’alertant sur leur rapide reflux dans les zones oubliées du sommeil, d’autres au contraire demeurent plus longtemps en mémoire, attendent leur retranscription, et déroulent d’un seul tenant, comme ici, une écriture organisée, au plus près d’un compte-rendu d’exposition, d’une “review” comme on dit dans les magazines d’art internationaux. Le rêve a cela de commun avec la critique d’art d’être en effet l’écriture d’un revisionnage. Idée du rêve comme review. Jean-Max Colard, Rêves Critiques
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