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Pour combattre cette « fatigue de commencement du monde » énoncée par Artaud

Javiez Perez

Nominé avec Jean Luc Verna pour le prix du dessin 2006 de la fondation Guerlain, Javier Perez nous invite à la galerie Claudine Papillon à un parcours physique dans les tréfonds de nos fluides vitaux dont nous partageons avec les arbres la continuité biologique.

C’est l’aventure d’un écorché qui répugnerait à la médicalisation de ses systémiques circulatoires pour n’en considérer que la troublante beauté banalisée par les imageries technologiques et dont le dessin à la sanguine ravive la source jaillissante. C’est le récit de la pendaison d’un arbre foudroyé, oh combien plus inquiétant dans son mutisme que tous ceux si écologiquement bavards de Krajberg, qui retrouve, avec cette suspension façon trophée d’une guerre biologique perdue d’avance, une dignité flottante. Les masques ovoïdes qui lui font cortège et choeur n’ont de traits humains qu’au coeur vif de cette ligne cible disposée à hauteur de regard.

Dans ce combat incertain mais magnifique l’auteur n’est pas avare de son corps, les vidéogrammes rougeoyants issus de ses performances en closed-up témoignent de cet engagement plein cadre. Les « vanités » contemporaines sont si nombreuses qu’on est toujours émerveillé quand l’une d’entre elles nous saisit entre cervelet et tripes.. Javier Perez sait réactiver cette tradition saturée. C’est l ‘épopée d’une colonne ombilic assumant son destin de verre qu’elle prolonge à chacune de ses extrémités par un crâne surgeon, tout aussi fragile et translucide. Ce qui lui reste d’une mémoire de la chair c’est le déploiement gracieux de fils rouges, ni os ni vaisseaux, qui font cortège à la dépouille, sans oublier de poursuivre leur échange babil avec les dessins aux murs qui la veillent.

Là où les gestionnaires plastiques (au sens chirurgical) du post-humain nous ont cerné de clones approximatifs il est heureux de renouer, grâce à une si puissante mise en espace d’oeuvres majeures, avec l’inquiétante fragilité de notre corps archaïque, partie prenante d’une nature qu’il détruit à mesure, autant qu’il se met en danger. Dans l’intimité de cette nuit de l’histoire, récente et usée comme le monde, la vieille machine à vivre dans sa seule logique peut être encore source de beauté et de joies mêlées. Telle est la leçon de cette exposition magistrale.

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