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Jacques Charlier un artiste hors catégories

Deux expositions à La panacée( Montpellier)et la Galerie Lara Vinci (Paris)

Le parcours de l'art
Le parcours de l’art
Jacques Charlier est né à Liège il y a 80 ans, il fait partie de ces très grands artistes belges comme Marcel Broodthaers ou Jacques Lizène qui n’ont pas toujours trouvé en France une reconnaissance à la hauteur de leur talent singulier, question d’humour peut être. Nicolas Bourriaud directeur de la Panacée à Montpellier lui rend hommage avec cette première exposition rétrospective dans notre pays « Un art sans identité, jacques Charlier » accompagnée d’un catalogue de référence où l’on peut apprécier entre autres plusieurs études de Jean-Michel Botquin.

Voir en ligne : http://jacquescharlier.be

La diversité de ses pratiques n’a qu’une constante la critique drôlatique de l’art, de son marché et de ceux qui l’animent. Charlier revisite l’histoire de l’art moderne grâce à des pratiques aussi diverses que la peinture, la caricature, la photographie, l’écriture, la BD, la sculpture, la chanson, la vidéo, l’installation....

Des paysages professionnels du STP à la Zone Absolue, une alternative au ready-made

Depuis 1958 Jacques Charlier est employé au Service technique de la Province à Liège où parmi différents travaux il est chargé de relevés topologiques. Il collectionne toute une série de photographies sans qualité qu’il va exposer telles quelles sans autre forme d’appropriation muséale, en tant que documents donc, ce qui le différencie de la pratique de Duchamp. A côté de ces Paysages professionnels (1963-1970) il créée en 1965 le groupe Total’s et sa revue « Total’s Underground ». C’est dans ce cadre qu’en 1967 il manifeste, à côté d’autre personnes plus traditionnellement politisées, avec un groupe d’amis un sparadrap sur la bouche en arborant son drapeau transparent. Poursuivant son questionnement sur la ville il envisage un urbanisme radical autour du concept de Zone Absolue (1969-1970), se proposant de bétonner la totalité de la ville. Sous l’autorité de Marcel Broodthaers qui l’inaugure il crée un Comité des Recherches d’Etablissement de Zones Absolues.

Un intermède musical

De 1979 à 1985 il s’adonne à une musique elle aussi radicale, créant même un groupe de « postafterpunk » ! Sa série Hand’s Music est constituée d’un ensemble de fausses pochettes de vinyl 33tours. Invité au Casino Centre d’Art Contemporain de Luxembourg en 2006 pour son exposition This is the right time il y transforme une des salles en dancing.

Photos de vernissage, caricatures et peintures pour tous

Un deuxième pan de son œuvre est consacré à la critique du milieu de l’art de son époque. Reprenant la tradition des Salons Comiques du XIXe siècle il caricature les stars que sont Vito Acconci, On Kawara, Niele Toroni, Dan Graham ou Gilbert&George. Du dessin il passe à la photographie avec ses Photos de vernissage (1974-1976), puis au roman-photo en 6 images. Avec la complicité de Nicole Forsbach il produit ses Photos-sketches (1974-1977) qui font concurrence aux saynettes de Christian Boltanski, mais moins axés sur sa personne. Le regard critique qu’il porte sur le public de l’art comme sur ses collègues reste assez bienveillant, plus ironique que méchant. La partie la plus récente de son œuvres est consacrée à la peinture, ou plutôt comme le titrait son exposition au MAC’S le Grand Hornu en 2016 aux Peintures pour tous. Ses réussites les plus évidentes semblent donner une postérité à Francis Picabia. On y trouve des pastiches comme les Peintures réparées sur le mode avant/après. Des installations picturales évoquent la religion de la peinture à l’instar de cette Sainte Rita de 1991. « Mais contrairement au faussaire il affirme ne vous trompez pas » Il rend aussi hommage à certains de ses contemporains, série Lichtenstein de 2011. Les sens y sont convoqués dans ses Peintures gourmandes qui deviennent satiriques pour Peintures cannibales section des viandes ou érotiques dans la série des Fessées (2016). Et toujours il explore avec humour les aléas et pièges de La route de l’art (2017).

Comme le prouvait le titre de son exposition au centre culturel d’Hasselt en 2013 « No style, only ideas » il demeure un pionnier toujours actif d’un art conceptuel européen nourri de toutes sortes d’ajouts très incarnés. Ou comme l’écrit Youri Vinci « un art d’attitude, emprunt de nombreux détournements et déphasages ». A sa sociologie critique de l’institution, il ajoute diverses propositions plus inclassables. Beaucoup de ses créations anticipent sur l’art américain des années 1990. Ses incursions urbanistiques, ses pratiques musicales ou picturales restent un bonheur pour l’esprit et un régal esthétique sans pareils.

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++INFO++

La Panacée Exposition ouverte du 14 octobre 2017 au 14 janvier 2018 En écho à Paris Exposition Jacques Charlier, Peintures en tous genres, du 17 novembre au 30 décembre 2017 à la galerie Lara Vincy Paris.

Catalogue Un art sans identité, Jacques Charlier Edition La Panacée Diffusion Les Presses du réel 20 euros ISBN 978-2_490123-00-1

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