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Heribert M. Staub Figurer

L.F. Céline
L.F. Céline
Les œuvres qu’Heribert M. Staub présente à la Galerie les Singuliers sont le fruit d’une expérience et d’une obstination rares. Sculpteur comme on ne s’autorise plus guère à l’être, il travaille la matière, la terre comme s’il était une sorte de démiurge tardif qui voudrait repeupler la terre à partir d’archives aussi essentielles que rares, des noms. Ces noms sont ceux de personnages célèbres dont il a dû voir comme nous tous des images. Alors on pourrait imaginer que les portraits qu’il fait d’eux sont tout simplement des décalques plus ou moins ressemblants de leurs visages réels.

Il n’en est rien. Chaque portrait réalisé par H.M. Staub est l’œuvre d’un visionnaire aveugle, d’un devin magnifique qui, s’étant interdit de voir, chercherait à faire naître au monde ce qu’il ressent à l’évocation d’un nom ou d’une œuvre. Et cela il le ferait par le mouvement de ses mains appuyant, creusant, crochetant, déchirant et réunissant des morceaux de terre jusqu’à ce qu’au moyen du seul toucher, il puisse enfin éprouver une sensation égale ou supérieure à celle que pourrait lui procurer la vue.

Les portraits de H.M. Staub sont au sens absolu des figures et son art un art figuratif. Mais aucune de ces figures n’est un visage, cette face poli que l’on exhibe aux autres afin qu’ils puissent nous reconnaître, car chacune est une tête. Et une tête, c’est ce qui fait que l’on est, non tant qui l’on est que ce que l’on est. La tête énonce le « c’est ainsi » de l’existence, elle est du côté du drame absolu et c’est le drame absolument commun à tous et propre à chacun que H.M. Staub nous propose de voir lorsqu’il affleure sous le visage et le fait exploser pour que sorte la tête.

Alors plutôt que d’évoquer tel ou tel personnage connu et dont les traits nous sont familiers, évoquons ici la tête de Dionysos. De lui pas de photographie connue. De lui pas d’œuvre sinon l’idée que l’on se fait des rites qui le glorifient et qui ne peuvent servir d’appui à l’approche de son être. De Dionysos donc, reste un mythe et l’affirmation pure d’une présence absolue, celle d’un dieu.

Ce dieu, à rebours de toute la tradition classique n’est pas présenté par H.M. Staub sous par des lignes souples et lisses, mais bien comme un état momentané d’une forme prise entre le chaos sans nom et l’écho du nom. Dionysos, on le sait est ure exubérance, pure violence, mais une violence dont on comprend qu’elle s’exerce dans deux directions, pas uniquement du dieu vers les hommes mais aussi du monde vers le dieu.

La tête que H.M. Staub nous donne à voir est faite de ces coups multiples ceux qui viennent aussi bien du dehors que des profondeurs insondables de l’âme, de la vie, du passé sombre où tous les noms se fondent. La terre est cette mémoire. Les sculptures figurales de H.M. Staub en son l’expression actuelle lorsque des replis de l’Hadès un nom remonte un instant porté par un vent propice et vient exploser dans le monde visible, cacophonie brutale et contenue des contradictions innombrables qui font que nous sommes vivants.

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