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Explosions du souffle

Les œuvres que présente aujourd’hui Namgoong Whan à la Galerie Jean Brolly marquent une évolution importante dans le travail de ce jeune artiste coréen ayant fait ses études à l’école des beaux-Arts de Paris, où il a présenté une immense installation en 2002 à la fin de ses études, Le Palais du Souffle. Labyrinthique, cette œuvre constituait une sorte de programme dont aujourd’hui encore il déploie les mystères en pénétrant dans le cours de la nature elle-même.

L’axe double du souffle L’histoire, pour Namgoong Whan, commence avec des traits gravés par des hommes du néolithique sur des vases qu’il a vus dans un musée. Ce geste à la fois simple et fondamental, dit une mutation dans l’homme même, le passage à un autre état psychique, l’accès à une nouvelle dimension mentale. Il a aussi été une sorte de déclic dans la vie de Namgoong Whan, car face à ces traits, il a « vu » les gestes qui les ont fait naître et « perçu » le souffle de l’homme qui les traçait. Les mouvements que dessinaient ces traits disaient à eux seuls la profonde évidence qui aujourd’hui encore nous étreint, à savoir que le souffle est double, inspiration et expiration et que de ce va et vient qui nous permet d’exister naît tout ce que nous inventons. C’est en tout cas de savoir travailler dans la plus extrême proximité de ce mouvement du souffle qui fait de Namgoong Whan un artiste.

L’eau et la nuit Il travaille essentiellement avec de l’encre, conduisant la longue tradition de la calligraphie sur des chemins non balisés. Couvrant le papier de coup de brosse plongée auparavant dans l’eau, il revient avec son pinceau ensuite sur la feuille ainsi humidifiée, cette métaphore du monde. Et là, par petites touches, il dépose une goutte de nuit sur la blancheur du néant. On pourrait croire que c’est aussi simple que cela et c’est simple. A ceci près que les formes auxquelles Namgoong Whan donne ainsi naissance supposent une maîtrise absolue de ces trois médium que sont l’eau, le papier et l’encre. Pour cela, une seule technique outre le travail quotidien qui confère la connaissance réelle de ces médiums, celle du souffle. Il faut faire passer de son être profond la puissance génésique du souffle sur la feuille, car c’est en fait le seul moyen d’entrer en contact avec les énergies présentes dans le monde et de les rendre visibles. Chaque geste est une sorte d’invitation faite à des forces de se manifester. Chaque geste fait naître un aspect inédit du monde. La forme qui émerge de la transparence insaisissable de l’eau apparaît alors comme le déploiement d’un processus créateur qui reste lisible dans l’œuvre même. Sur chaque dessin de Namgoong Whan, tout bouge, tout vibre, tout vit, et chaque forme est orientée, soit par un mouvement centrifuge, soit par un mouvement centripète. Pour atteindre à cela Namgoong Whan a dû faire évoluer sa manière de poser le pinceau sur la feuille. Il a posé le pinceau et chaque point était comme un petit soleil noir existant en soi. Puis il posé le pinceau et tiré sur lui et l’eau emportait l’encre vers le dehors. Aujourd’hui, il fait évoluer l’encre vers l’intérieur. Les formes qu’il crée ainsi semblent être absolument issues de la nature. Pourtant on ne peut pas réellement les identifier. Ce qui les caractérise c’est qu’elles semblent traversées par tous les types possibles de mouvements. C’est pourquoi, si elles ne copient rien, n’imitent rien, elles « sont » la nature et la vie même. Et c’est en cela qu’elles « sont », au sens où Paul Klee l’entendait, pleinement art.

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++INFO++
Galerie Jean Brolly, 16, rue de Montmorency, 75003 Paris, tél. : (33) 01 42 78 88 02, fax : (33) 01 42 78 88 03, galbrolly@wanadoo.fr
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