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ENTRETIEN AVEC LE PEINTRE RAZA

entretien avec un peintre indien internationalement reconnu

Prakiti Purush, détail, 2006
Prakiti Purush, détail, 2006
acrylique/toile

Le peintre Raza vit et travaille à Paris. Il est le peintre indien le plus internationalement reconnu.

Raza prépare une exposition à la Tate Galery de Londres. Elle commencera dès le premier octobre 2008. Une autre exposition de son œuvre est en préparation à Paris.

Rencontre dans un ancien couvent parisien transformé en atelier du peintre Indien Raza. Lumière diaphane, silence entrecoupé de nos échanges autour de trois tasses de thé.

Entretien avec Barbara Biermann (galeriste) et Emmanuel Lincot (critique d’art).


E L : pouvez vous nous parler de votre formation ?

R : ma vie d’homme a véritablement commencé lorsque j’ai reçu une formation classique de la part de Brahmanes à Bombay. C’était pour moi un bonheur. Le sanskrit, la mythologie hindouiste…Tout cela m’a été inculqué très jeune.

B B : et votre vie d’artiste ?

R : j’ai eu la chance de rencontrer en 1942 un collectionneur juif réfugié en Inde, Emmanuel Schneitzinger. C’est lui qui m’a éveillé à l’art moderne. C’est aussi lui qui m’a encouragé à découvrir la vie dans le pays de Descartes. Après la guerre, je m’y suis rendu. J’y ai rencontré ma femme, Janine Mongillat, elle-même artiste et…Catholique.

E L : la religion est importante pour vous ?

R : je vais vous répondre franchement. Je suis un catholique non baptisé mais ce qui est à mes yeux le plus important, c’est l’essence des religions, la conception de Dieu. Fondamentalement, je partage ce que disait Gandhi : « Dieu a différents Noms mais Il est le même pour tous et Il nous protège ».

B B : cette approche religieuse est omniprésente dans votre travail…

R : je suis convaincu que ce n’est pas le peintre qui fait la peinture. Dieu est invisible mais c’est Lui qui vous guide et la Femme qui vous inspire.

E L : y a-t-il- des œuvres qui vous ont marqué plus que d’autres ?

R : pour moi la quintessence de l’art est exprimée dans les grottes d’Ellora et d’Ajanta (Etat du Maharashtra). Leur découverte a été un choc. Les sculptures et les peintures en ces deux lieux constituent un sommet dans l’épanouissement spirituel et l’initiation qu’elles représentent à la pensée indienne. Puis, en France, j’ai rencontré Picasso, Soulages mais aussi Chu Teh Chun et Zao Wu Ki. Avec mes amis Chinois, nous rêverions d’une exposition à trois à Paris. Beau symbole de l’Inde et de la Chine réunies !

B B : il y a dans votre peinture comme dans votre spiritualité une forme de syncrétisme…

R : je n’ai jamais opté pour une philosophie du « non ». Je n’ai jamais été « contre ». C’est peut-être une preuve de sagesse. En tous cas, je suis pour l’unité, l’unité primordiale, le « Aom » des Anciens ; l’unité politique aussi. Voyez vous la Partition de l’Inde en 1947 m’a déchiré le cœur. Toute ma famille musulmane, pétrie de culture persane, a fui au Pakistan, à Karachi. Je ne l’ai plus jamais revu.

E L : le sikkisme, dans sa capacité d’harmoniser les croyances de l’Islam et de l’Hindouisme ne vous a jamais attiré ?

R : j’ai un très grand respect pour son fondateur (le gourou Nanak) mais le sikkisme a été trop marqué par la violence. Je suis un pacifiste. Voyez ma peinture : elle parle au cœur.

B B : comment expliquez vous que Paris n’ait pas encore organisé une exposition en votre honneur ?

R : il faut être patient. Paris comparée à Londres ou Bâle n’est plus une grande capitale de l’art mais la Roue tourne…Enfin, celles et ceux qui aiment ma peinture en France sont nombreux. Une grande partie de mon œuvre se trouve à Gorbio (Alpes Maritimes). Elle a ses admirateurs. Chacun y trouve peut-être ce que Henri Michaux et Romain Rolland ont su naguère apprécier à travers l’imagerie sacrée de l’Inde.

E L : vous voulez dire les mandalas et les yantras ?

R : plus particulièrement le « Bindu » (d’un mot que l’on peut traduire par le zéro, la goutte, la semence, le germe…) et que l’on retrouve dans mes dernières séries.

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