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Elly Strik

Elly Strik

Madonna, Elly Strik
Madonna, Elly Strik
« Species », des dessins et peintures d’Elly Strik sont présentées jusqu’au 28 juin à la galerie DIX291, ouverte par les deux artistes Bernard Crespin et Myriam Bucquoit.

Elly Strik y expose des corps (deux peintures de grand format) affublés de têtes de gorilles et des séries de dessins de plus petites dimensions que l’on a du mal à identifier, même si l’on n’a pas de peine à reconnaître des figures animales et humaines dans ces formes ébouriffées de poils, peignées, tatouées ou encore ocellées.

Ce sont diverses espèces de têtes de serpent, de gorille, de singe velu, tête vulve, tête coquillage, tête coupée, tête fêlée, tête voilée, dont le trait commun est d’être sans visage ; à une exception près celui de Darwin dont les traits subissent eux-mêmes des translations qui en brouillent la lisibilité et le « portrait du père », dont les caractères légèrement simiesques rappellent ceux de la jeune mariée drapée de tulle blanc, peinte sur fond rose. La réminiscence d’une filiation lointaine avec les primates velus est omniprésente dans les œuvres présentées. Les faciès anthropoïdes, un tantinet monstrueux, la pilosité envahissante des fourrures hantent Species, que l’artiste a voulu pour titre de l’exposition. Species renvoie à l’ « Origine des espèces » de Darwin. Mais dans un autre sens, species, espèce, signifie aspect, apparence sensible, vision – à quoi s’accordent les oeuvres exposées.

Ces formes ovales qu’un cou prolonge ou une ligne d’épaule, évoquent l’humain par leur ressemblance avec le portrait ; elles approchent le visage humain, impossible à fixer. Dessins et peintures interrogent ces proximités et en explorent les possibles (apparitions). Henri Michaux découvrait ses doubles humains dans les encres où se déliait son imagination. Giacometti cherchait à saisir une silhouette à la limite de sa disparition. Dans quelles couches de la mémoire personnelle et collective, dans quels souvenirs de l’histoire de l’art l’artiste va-t-elle puiser ces évocations ? Chez les théoriciens du transformisme et de l’évolutionnisme tels que Lamark et Darwin de qui elle emprunte certains de ses titres comme : « De la difficulté pour un singe de se débarrasser de la peur et de la haine instinctive du serpent ». Phrase coupée de son contexte – qui pourtant l’éclaire – à savoir que l’homme a autant de difficulté à se débarrasser de ses croyances que le singe de sa peur du serpent… Peut-être s’agit-il en l’occurrence de la croyance en une humanité « une » authentifiée par le visage.

C’est tout le contraire qu’expriment les œuvres qu’Elly Strik a choisi de commenter dans le catalogue de son exposition de Montbéliard. Ce sont des images de spectres, d’hommes singes, de masques mortuaires, de décollations, peints par Goya, Ensor, Spillaert, Guston qui, entre sérieux et humour, ont inspiré ses « Gorillas, Girls and Brides », titre d’une exposition précédente. Dans toutes ces œuvres citées, le visage est le lieu d’une castration. La puissance de signifier est cruellement arrachée ou tournée en bouffonnerie. Deux attitudes qu’Elly Strik reprend à son compte dans ses dessins de tête de femme clivée ou obturée par le voile d’une part, et lorsqu’elle joue d’autre part sur la double identité des Guerillas Girls, groupe de féministes qu’une erreur d’écriture journalistique avait dénommé Gorilla girls. Avec cette nouvelle appellation de Gorilla girls s’offre à elles, disent-elles en plaisantant, la « mask-ulinity ». Mais les masques des Gorillas peintes par Elly Strik confèrent-ils aux jeunes femmes une puissance déniée ou dé-figurent-ils plutôt les êtres féminins qu’ils vampirisent ?

La (dé)figuration est sans doute une question importante du travail de l’artiste néerlandaise. Doublement défiguré, le visage l’est, par la persistance de caractères hérités des grands singes, et, dans les derniers dessins, par un enfouissement de plus en plus profond des reliefs du visage dans les incisions, boucles, anneaux, méandres du trait. Le graphite noircit le portrait jusqu’à l’effacement. Visage saturé de carbone ou annulé par des voiles, les représentations se confondent avec des surfaces de recouvrement : peaux, broderies, tresses, fourrures. Celles-ci retiennent, raptent ou gardent en réserve l’expression humaine – ainsi qu’il apparaît dans « Mémoire collective ». Si l’humanité n’est pas dans le visage qui manque, elle est dans le dessin qui nous regarde.

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++INFO++

“Species” d’Elly Strik Galerie "DIX 291" Exposition jusqu’au 28 juin 2008

Jeudi, vendredi et samedi de 15h à 19h (ou sur rendez-vous au 01 43 55 24 11) 10 passage Josset 75011 Paris (au fond du passage) Métro Ledru-Rollin ou Bastille

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