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Edward Burtynsky / Stefan Roepke Gallery

Edward Burtynsky

Dès son adolescence, Edward Burtynsky a été en contact avec le monde de l’industrie. Il a vu chez General Motors le métal en fusion et les ouvriers vêtus de combinaison d’amiante « travaillant au marteau des lingots incandescents qu’ils transformaient en pièces d’automobile ». Déjà, à 14 ans, ce monde le sidérait et aujourd’hui il est encore sidéré lorsque, dans un environnement industriel, il est confronté à ce type de travail.

Voir en ligne : www.edwardburtynsky.com/

Photographe, il a eu très tôt deux préoccupations majeures dont il ne s’est jamais départi au fil du temps : D’abord, s’installer à l’intérieur des usines, voir et comprendre ce qu’on y fait, ensuite, rendre compte de ce qu’on y voit : les lieux, les gestes et la vie quotidienne. Il a ainsi constitué, pendant plus de vingt ans, des séries d’images sur l’industrie et sur la manière dont les activités qu’elle génère transforment le paysage. Sa démarche peut être comparée à celle d’un documentariste ; le repérage, qui dure parfois de 5 à 6 mois est chez lui essentiel mais, pour autant le regard exigeant de l’enquêteur ne se départ jamais d’une composante artistique.

Le sujet à photographier une fois repéré, Burtynsky peut passer des semaines à déterminer précisément les points de vue et l’heure de la prise de vue. Il utilise la chambre photographique, sur son pied, qu’il pose face à des infrastructures industrielles - usines, ports, puits de mine - mais également face à des décharges, des dépotoirs de vieux pneus ou parmi des carcasses de moteurs. Ce dispositif l’oblige à prendre son temps et à se faire accepter en nouant des relations avec ceux qui travaillent sur ces différents sites.

Dans l’espace, il choisit de s’installer sur des positions élevées qui lui permettent d’embrasser du regard de vastes étendues et de donner du réel une représentation approchant aussi près qu’il est possible la réalité perçue. Pour celui qui regarde l’image résultant de cette prise de vue, le surplomb de la scène photographiée fait apparaître cette dernière comme complète et distante, invitant moins au dialogue qu’à l’observation

Généralement de grand format, les images qu’il produit ne sont pas retouchées et contiennent une grande quantité de détails et d’informations. La lumière et les couleurs sont vives, les formes agréables à regarder. Pourtant, on ne peut pas dire que ces images soient « belles » on pourrait plutôt les qualifier de plastiquement irrésistibles, tout en leur reconnaissant ce qu’on pourrait appeler un « objectisme » plat.

Présentant des paysages ou des scènes de la vie sociale, dans leur apparence banale et quotidienne, ces photographies ne cherchent en aucune manière à orienter notre opinion ou nos réactions vers telle direction plutôt que vers telle autre, la haine de la mondialisation par exemple, ou la crainte d’une destruction de la planète... Burtynsky ne décrit pas, il présente, et cette présentation n’induit pas un processus qui, du constat, conduirait nécessairement en direction d’une seule issue. Evitant au contraire de fermer le cadre de l’évocation sur une conclusion trop évidente, il maintient ouvertes les chances de la pensée, celle d’un processus en cours, qui n’impose rien et tient en respect les partis pris.

Si le réel est bien là, en tant que référence et indice, il ne pactise pas avec le réalisme, ses leçons de morale et ses conclusions trop évidentes. Le travail de Burtynsky s’en tient à une volonté de compréhension fermement adressée au lieu, à nos actions et à leurs modes ainsi qu’à l’exploitation des ressources que nous nous approprions ; là seulement se situe son travail, obstinément menée sur une période de plus de vingt ans, ce qui lui confère une densité particulière.

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Article écrit en partenariat pour Show Off : Stefan Roepke Gallery, Cologne, Allemagne
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