Accueil du site > Précipités > Chroniques > Düsseldorf, plus qu’une école ! Impressions du photo weekend 2014

Düsseldorf, plus qu’une école ! Impressions du photo weekend 2014

Andres Mühe
Andres Mühe
La troisième édition du Düsseldorf Photo Weekend a eu lieu du 31.01. au 02.02.2014. A l’occasion de cette manifestation très prisée, Clara Sels, l’organisatrice et coordinatrice de cette association temporaire de galeries, avait organisé un voyage de presse et invité un groupe de curateurs internationaux. Au programme la visite entre autres des expositions du NRW Forum (Duane Michals et Heimat), de la Kunsthalle (Nahebei in der Ferne de Marijke Van Warmerdam), du Kunstpalast (Candida Höfer) et de toutes les galeries de Düsseldorf ainsi que des excursions aux célèbres musées Folkwang Museum Essen (Taryn Simon et Douglas Gordon) et Ludwig Museum de Cologne. (Projection de Michael Heizer et œuvres in situ de Louise Lawler) A force de fréquenter la scène artistique berlinoise on oublie la richesse de la photographie dans cette ville de Düsseldorf et de sa région, que ce soit au niveau de la création, de la production, de la diffusion ou de la collection des œuvres photographiques.

Voir en ligne : www.duesseldorfphotoweekend.de/

L’ouverture du Düsseldorf Photo Weekend a eu lieu au NRW Forum avec deux expositions très distinctes. D’un côté, les œuvres de Duane Michals, célèbre artiste américain représenté par la galerie Clara Sels, et présentées sous le commissariat d’Enrica Viganò qui la fait tourner avec succès en Europe en adaptant le choix des oeuvres aux lieux d’exposition. De l’autre côté, une exposition thématique de la collection de la DZ Bank sous le titre Heimat . Ce mot allemand, impossible à traduire dans une autre langue, ne se limite pas à désigner un territoire, un village ou une maison, mais renvoie aussi à la mémoire personnelle et historique, aux souvenirs d’enfance d’odeurs et de goûts. Comme le disait la linguiste autrichienne Waltraud Legros lors d’une émission d’Arte le 4 septembre 2005 : Heimat c’est "le pays que chacun porte à l’intérieur de soi".

La photographie intitulée Heimat, 2004 de la série Prora Rügen du jeune Berlinois Andreas Mühe fait figure de titre de l’exposition et montre en exergue toute l’ambiguïté de cette notion. Un homme au manteau de cuir et casquette se trouve devant un mur sur lequel le mot HEIMAT est écrit en blanc. En récupérant l’esthétique nazi et en changeant les perspectives et les contextes, Mühe déconstruit le passé de l’Allemagne nazi comme celui des deux Allemagne, parfois même en mélangeant les références et situations. En écho à la série « Obersalzberg » de Mühe, photographies mises en scène qui décontextualisent les lieux et figures historiques d’Hitler, le photographe polonais Piotr Uklanski présente une partie de sa série The Nazis, 1999 qui regroupe des portraits de nazis issus de films hollywoodiens célèbres. L’emprise de l’image dans notre société aujourd’hui semble à travers cette série montrer la confusion entre ces représentations filmiques et les « vrais » portraits historiques.

La dénonciation et la distanciation de Heimat dans sa forte connotation idéologique historique font aussi partie de la réinterprétation du paysage allemand dans la série Heimat de 2004 de Peter Bialobrzeski. Loin de la conception idéalisée du paysage, même si ces références se trouvent dans la peinture romantique, Thomas Wrede à la galerie Beck& Eggeling joue dans sa série Real Landscapes sur l’échelle et les proportions en plaçant des objets miniatures dans de vrais paysages, confrontant ainsi le spectateur à un monde imaginaire que l’artiste crée comme il dit « à travers la photographie, avec la photographie et comme photographie ». Dans cette exposition intitulée Real Landscapes-Between Longing and Debacle la galerie montre à côté de nouvelles photographies des pièces maîtresses comme Nach der Flut de 2012 où il s’inspire des photos de catastrophes naturelles publiées dans la presse internationale. S’il n’y a pas de thème à proprement dit, les galeries ont néanmoins joué le jeu de montrer des positions photographiques particulières, donnant l’occasion à un public averti de découvrir et de redécouvrir des artistes photographes émergents ou déjà établis. ` Quel plaisir de retrouver la poésie des photographies en noir et blanc de l’Espagnol Chema Madoz qui expose son univers métaphysico-surréaliste à la galerie Clara Maria Sels ou d’apprécier la qualité des accrochages et des choix d’œuvres comme pour l’exposition Input Österreich-Fotografie der Wiener Aktionisten chez TZR Kai Brückner ou encore de découvrir des positions photographiques singulières d’artistes comme Kris Martin chez Sies+Höke Galerie.

Duesseldorf compte un nombre important de galeries de renom comme Konrad Fischer qui présente jusqu’au 1 mars une exposition monographique du jeune artiste de la galerie Juergen Staack. Nous avons particulièrement aimé sa série Tableaux qui est composée de petites planches de bois sur lesquels on devine des portraits du dix neuvième siècle, résultat surprenant d’une longue exposition (environ une année) au soleil de vieilles plaques en verre trouvées aux puces ou commandées sur Internet. Autres projets fascinants, l’exposition du Français Jean-Michel Fauquet à la galerie Conrads nous fait découvrir un univers noir, baroque et surréaliste tandis que Bugdahn und Kaimer a présenté une exposition collective de 13 artistes internationaux intitulée Almost but not quite.

A côté du programme de qualité des galeries, il y avait aussi des expositions dans les musées de la ville comme au Kunstpalast l’exposition de Candida Höfer sur Düsseldorf. En montrant à côté des ses photographies monumentales quelques séries des années 70, encore loin de son esthétique froide et typologique typique de l’école de Düsseldorf avec laquelle elle a fait sa carrière, elle a certainement réussi à prouver sa créativité et son sens de la recherche en montrant une autre facette de sa photographie.

Enfin une revue de portfolio sur invitation nous a permis de découvrir des jeunes talents comme l’Allemande Valérie Schmidt et son travail sur l’hystérie ou le Belge Titus Simoens et sa série Blue, see, 2012. Dans l’ensemble, cette manifestation bien organisée et de qualité a révélé une nouvelle dynamique de la scène photographique allemande et internationale, en donnant l’image d’un mouvement continu basé sur la grande richesse artistique de cette ville et de cette région.

haut de page

Partenariat

Cliquez visitez tez Joel Arpaillange Au siècle dernier

JPG - 9.6 ko
Catherine Poncin à Evreux

"Journal de l'oeil, les globes oculaires" Crétrices L'émancipation par l'art Letz Arles / Résonance


www.lacritique.org - Revue de critique d'art
Plan du site | Espace privé | SPIP