Accueil du site > Écarts > Chroniques > Claude Como, étonnantes sensations textiles

Claude Como, étonnantes sensations textiles

Claude Como
Claude Como
La galerie Le Cabinet d’Ulysse à Marseille expose jusqu’au 23 octobre les créations de Claude Como. Le titre de l’exposition SUPERNATURE annonce l’ambiance. Dès qu’on pénètre dans la galerie les yeux des visiteurs sont attirés par une multitude de couleurs, de formes et de matières qui peuvent s’apparenter à un monde végétal luxuriant par le gigantisme de l’installation, du sol au plafond et sur plusieurs murs de la galerie.

Voir en ligne : https://www.lecabinetdulysse.com/en...

Depuis plus de 30 ans Claude Como, née en 1964, interroge le monde en investissant de nombreux moyens plastiques, tels que la peinture, la céramique ou l’installation. Mais la présente exposition met en valeur une technique de création artistique tout à fait originale. Depuis 2019, l’artiste développe une nouvelle forme de travail plastique : le tufting. Cette technique est habituellement utilisée par les artisans pour la confection de tapis. Comme eux notre artiste projette, à l’aide d’une sorte de pistolet, de la laine au bout d’une aiguille à travers un tissus support. Celui-ci peut être découpé et constitué des figures variées. Claude Como ne s’en prive pas ; elle crée pour notre plus grand plaisir de multiples pièces avec des formes découpées chaque fois particulières. L’originalité tient aussi dans la présentation, l’artiste installe sur chacun des murs de la galerie un ensemble de figures de tailles et de formes variées mais réunies par des accords colorés. Chaque pièce est unique et possède son propre titre, mais leur réunion valorise le sentiment d’unité dans la diversité.

Dès lors c’est aux regardeurs de constater les différences entre les créations singulières ou les ensembles afin de se former un jugement à partir de leurs intérêts esthétiques personnels. Ceux qui ont l’œil tactile considèrent les différences de matières obtenues avec des poils bouclés ou coupés, doux ou secs, mais aussi par des amoncellements constituant de légers reliefs par endroits. D’autres, plus enclins à ressentir les accords de teintes, préfèrerons s’attarder sur les alternances de subtilités colorées ou de contrastes marqués. D’autres encore préfèreront s’éloigner et laisseront leur imagination former des associations : les accords formes couleurs suggèrent une végétation luxuriante, exotique, tropicale. Ce qui ne se voit pas de prime abord s’éprouve pourtant. Cette installation dans la galerie demande que l’on s’y arrête, que l’on avance et que l’on recule plusieurs fois.

La propriété de la matière textile ainsi travaillée en tufting, est d’installer des textures différentes qui suscitent une tactilité tranquille. On constate dès lors combien le façonnage du textile participe du sentiment de la couleur. La perception sensible du coloris teint est différente de ce qui se rencontre dans d’autres arts : la couleur n’est pas éclairée du dedans comme lorsqu’on est devant une peinture. Ainsi travaillée la couleur va bien au-delà du cosmétique. La couleur fait corps avec la matière travaillée ; les couleurs, présentes dès l’origine de la mise en œuvre, n’apparaissent pas comme un adjuvant ornemental ou décoratif.

Le regard du visiteur doit se faire multiple. Il a le choix entre la séduction des couleurs, l’examen des différentes textures des matières créées et les organisations plastiques variées mise en place par l’artiste. Ces œuvres, toujours inventives, proposent de nouveaux dessins, tant pour les découpes de contour que pour les figures internes, avec pour chaque pièce des distributions des espaces internes - externes judicieux. Au final ce qui nous enchante ce sont ces « desseins » inédits élaborés lors des rapprochements des figures textiles ayant chacune leur personnalité propre.

La couleur qui attire les regards et la sensualité de la laine touffetée vont devenir les points centraux du travail de l’artiste. La palette de Claude Como déjà immense reste toujours ouverte. Dans une volonté à faire dialoguer la matière de la laine avec les couleurs, cette artiste réussit toujours à ce que chaque couleur puisse dire son nom. Une modification de la perception des couleurs s’obtient aussi par superposition ou juxtaposition de leurs intensités. Les effets colorés et les luminosités favorisent, selon le cas, les mélanges optiques ou les contrastes simultanés.

La prégnance de couleur chez Claude Como s’oppose à la dématérialisation recherchée par de nombreux artistes, surtout ceux qui se rapprochent du monochrome. Pour cette série d’œuvres les couleurs de l’artiste marseillaise sont associées à des matières sensorielles et même souvent sensuelles. Dans l’ensemble comme dans les détails l’artiste réussit à nous montrer les propriétés de la laine pour ce qu’elles sont, pour leur souplesse, leurs possibles torsions, leur tombé et leur capacité à foisonner. L’envie que l’on éprouve de toucher la surface de la laine montre combien l’approche du regardeur est ici plus haptique que optique.

Pour cet ensemble de pièces cette artiste se place dans une posture résolument contemporaine : elle manipule parfaitement les matériaux, en maintenant une distance assez neutre entre elle et ses créations. Elle donne à voir sans se donner à voir. Pourtant elle s’est rendu compte que cette profusion de formes et de couleurs à consonance végétale lui rappelait son enfance passée en Côte d’Ivoire. Il faut souvent longtemps aux artistes pour donner une forme plastique à des souvenirs marquants. On se souvient que Henri Matisse lui même ne réalisera des œuvres d’inspiration océanienne (Océanie, La Mer, 1946) qu’une quinzaine d’année après sont séjour à Tahiti en 1930.

Par son choix initial d’élaboration d’une œuvre au croisement de divers champs artistiques : artisanat, design, art ethnique, art contemporain, Claude Como parvient à donner corps un imaginaire singulier. Le spectateur éprouve un sentiment de jouissance dans le parcours visuel de l’exposition. L’œil circule des larges découpes en envolée sur les murs de la galerie aux accumulations de matières richement colorées à l’intérieur de chaque module, en passant par de multiples micro événements singuliers. La réussite de l’artiste est de développer tout au long de ce cheminement visuel de multiples maxi sensations.

haut de page

Partenariat

Cliquez visitez Henri Foucault Galerie Italienne Paris Payram Deux ou trois choses que je sais d'elle Mamas Benz Floriane de Lassée

JPG - 16.5 ko
In God We Trust Cyril Abad GRAPh Carcassonne

Nicolas Havette Fortunes >https://www.ernahecey.com/exhibitions/forthcoming/]

https://cdn.website-editor.net/39a16f0a7e0049aeac036aea7eec01d3/files/uploaded/2ou3.pdf


www.lacritique.org - Revue de critique d'art
Plan du site | Espace privé | SPIP