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Catherine Poncin à Evreux , quand la muséographie fait images

Vue d'exposition Maison des Arts
Vue d’exposition Maison des Arts
Sans être vraiment rétrospectives les deux expositions de Catherine Poncin suite à sa résidence à Evreux en Normandie depuis deux ans constituent une approche de son Parcours de 1997 à nos jours. A la Maison des arts « Eloge de l’ordinaire » est sous titrée « De l’image par l’image » ce qui constitue la revendication de sa méthode s’appuyant sur la relecture photographique d’archives anonymes ou liées à des villes. Au Musée d’Art, Histoire et Archéologie « Carpe Diem » constitue selon son sous-titre un « Regard sur les collections et autres traversées ».

Voir en ligne : www.facebook.com/evreuxmusee

Deux images presque abstraites du catalogue dominées par des valeurs sombres sont légendées en tant que vitrine en cours de démontage, elles répondent au texte de Mme Florence Calame-Levert, conservatrice du Musée Eloge des surfaces ambiguëes qui constitue un journal de cette longue relation entre l’artiste et les collections de la ville normande. A partir des surfaces noires de ces espaces de classement Catherine Poncin opère son propre choix d’oeuvres de différents siècles. Elle les réunit pour les mettre en scène, les photographier.

En cela elle inverse la totalité de son processus de travail depuis des années. Depuis plus de trente ans elle a opéré à partir de corpus d’images anonymes trouvées d’abord dans les marchés aux Puces puis dans des archives publique. Examinant leur logique, elle opère une sélection, puis elle les réorganise en les fragmentant ou en les montant en diptyque, triptyque ou polyptyques. Le changement d’échelle activé par le tirage, les variations de support du fait du choix des papiers, l’encadrement final de ces tirages a fait de ces images sans qualité des oeuvres. La reconnaissance de ce travail assez singulier en France à la fin des années 1980 s’est manifesté par la récollection de ces oeuvres dans des institutions prestigieuses.

Intéressée depuis longtemps à la muséologie elle a déjà pour le centenaire de la première guerre mondiale en répondant à une commande des Archives Départementales de la Seine Saint Denis à Bobigny pour Echos, versos et graphies de bataille utilisé des boîtes d’archivage aux normes pour présenter ses agrandissements de cartes postales de combattants juste insérés dans des cellophanes de protection.

Deux photographies en couleurs témoignent de cet intérêt pour un état intermédiaire des oeuvres dans le cadre des réserves. Un petit portrait peint du XVIII ième siècle photographié sous une protection semi transparente se trouve associé pour Survivances au double cliché d’une petite statue équestre. Le même type de facing de protection et ses plis modifient la reproduction d’un petite huile sur toile d’un Christ en Croix, le fragilisant dans le passage d’une technique à l’autre.

La plupart des oeuvres existent majoritairement en noir et blanc. C’est ce retour sur ce long parcours que la Maison des Arts met en avant à travers le choix opéré par Anne Jaillette responsable des lieux et Christine Ollier créatrice du Champ des Impossibles qui a l’une des premières a défendu son travail. Le spectateur est accueilli par les diptyques d’ Entre’Actes (1997), qui place l’ensemble sous le signe d’une dramaturgie sociale. Les foules révolutionnaires de la série Du Nous (1998) produites grâce au Musée de l’Histoire Vivante de Montreuil s’opposent aux écoliers de Corps de classe (1999). Toujours sensible au support grand public de l’image un de ces portraits à la tête décollée du corps est reproduit en affiche que le visiteur peut emporter. Un autre dialogue se fonde sur la représentation du travail : Clair Obscur, mémoire de Fosses (1998) qui scénariste les corps de mineurs répond à une série plus récente Eloge de Combats Ordinaires (2008). Alors que souvent les ensembles sont fragmentés selon le principe d’un montage cinéma très syncopé cette série réalisée aux Archives départementales du Territoire de Belfort créée des continuums spatiaux fondés sur les structures métalliques des usines des années 1930.

Ce sont des dynamiques semblables que Catherine Poncin met en place dans ces cadrages rapprochant des statuettes et objets du Musée. Ces tirages photographiques sur papier baryté sont installés dans une logique de dialogue avec les autres oeuvres en exposition. Chaque cadrage repose sur une dynamique qui se constitue sur des doublons pour La dualité des Cordes ou sur des complémentarités de celle qui lie cette statuette de Janus et cette urne funéraire en forme de coeur du marquis de Berg, l’objet cliché est exposé dans sa vitrine au pied de l’image joliment intitulée Ta place est dans mon coeur. Dans ces allers retours d’une technique à une autre la même image est produite en affiche à emporter faisant face à un triptyque de statuettes votives, Vénus et déesse mère que l’on retrouve en couverture du catalogue.

S’appuyant sur cette nouvelle logique partant des oeuvres pour rejoindre l’image Michel Poivert propose sa fiction critique L ‘artiste et la réparation du monde . Comme il l’écrit : « Seule l’artiste peut délivrer les statues de la neutralité en leur réimprimant de la magie ». Il imagine Catherine Poncin ayant découvert cet ensemble d’ images titrées autour de ce concept de réparation qu’elle se réapproprie. Les deux expositions en tous cas manifestent dans leur complémentarité la puissance d’un univers qui interroge le monde clos des images au sein de l’institution muséale, un univers d’une haute sensibilité qui ignore toute nostalgie.

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++INFO++
Catalogue Carpe Diem Catherine Poncin Editions Filigranes 2019 ISBN 978-2-35046-487-9

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