Galerie 208 Chicheportiche
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Catherine Ikam aime les questions profondes posées comme pour jouer. Sa démarche d’artiste débute par une interrogation de la conscience de soi en tant qu’elle forge notre identité, non sans nous écarter de nous même, selon la célèbre affirmation d’Arthur Rimbaud : Je est un autre. Sa première œuvre - Dispositif pour Un parcours vidéo - (1980) est une présentation magistrale du problème. Entrant dans une première pièce où il est filmé par une caméra reliée à un écran, le spectateur voit bien la pièce où il se trouve ; mais, surprise, il ne se voit pas ! Dans une seconde pièce où il entre ensuite, il finit pourtant par se voir. Mais, autre surprise, celui qu’il voit est celui-là même qui se trouvait l’instant d’avant dans la pièce précédente. La troisième pièce lui offre une synthèse de l’expérience qu’il vient de vivre. 9 écrans vidéo lui livrent son image morcelée en 9 fragments.
Lorsque Ikam et Fléri associent leur démarche (1990), l’interrogation se centre sur le rôle et les fonctions du visage au regard des troubles de l’identité du sujet contemporain. L’effort se déplace alors du regard sur soi au regard sur l’autre et à celui qu’il renvoie. Il consiste d’abord à élaborer une approche du portrait qui déborde la dimension temporelle du cela a été de l’enregistrement photographique (Roland Barthes), pour porter dans l’immédiateté du présent la fiction de la perception de l’autre et sa rétroaction sur la conscience de soi. La démarche débouche avec les Portraits virtuels (1995), réalisés à partir d’un procédé de relevé au scanner des coordonnées volumétriques du visage du modèle (infographie numérique 3D), suivi d’un traitement des informations recueillies distinguant entre les données architectoniques et morphologiques et les données concernant la texture des surfaces. Elle constitue une première approche de l’incertitude du regard que l’autre porte sur nous, et nous renvoie, par delà la relation de visage à visage qui nous fonde en tant que sujet, à la solitude qui habite notre être en profondeur.
Leur matériau d’expression désormais largement élaboré, la problématique des deux artistes de fait méditative et se déploie selon des entrées d’ordre logique et philosophique. Deux idées peuvent être considérées comme les polarités entre lesquelles se joue leur réflexion créatrice. D’Emmanuel Lévinas, ils reprenaient de longue date la proposition selon laquelle le visage qui me regarde m’affirme. En tirant une organisation du schème perceptif qui arrime au regard de l’autre la conscience que nous avons de nous-mêmes, en même temps qu’elle fonde positivement la dimension sociale de notre identité. Une autre inspiration leur vient de Gilles Deleuze et Félix Guattari qui font du visage une machine détachée de la tête et de son animalité pour matérialiser la conscience et la capacité de l’individu humain à interagir en tant que sujet au sein du réseau des relations sociales. Ils s’intéressent en particulier, à leur concept de visagéité, qui aborde le visage à travers sa fonction dynamique de surface d’inscription servant d’ancrage à la réception et à l’émission des signes relevant des sémiotiques sociales.
Entre les deux conceptions, la tension tient à l’accent mis sur le pour l’autre ou le pour soit, et à ses conséquence quant à l’identité du sujet. La première affirmant le visage de l’autre en tant qu’il me constitue positivement ; la seconde relevant dans la machine du visage une inhumanité ; comme la cruauté native d’une machine qui ne nous constitue que pour nous dérober à nous-même et nous rabattre sur un mode d’existence grégaire où l’altérité qui nous fonde nous engage constamment. Tout l’art des dernières œuvres d’Ikam et Fléri tient à la manière de meubler l’intervalle qui les sépare.
Le personnage virtuel Oscar (2005) est un simulacre qui joue sur les aberrations introduites par son aptitude à peupler le temps et offrir au spectateur une série d’interactions qui renforcent simultanément la prégnance de sa présence et l’insolite étrangeté de celle-ci. Mais, comme le souligne Louis Fléri, Oscar émeut davantage encore par les interrogations que suggère son absence. Ce qui peut conduire le spectateur à s’interroger sur ce qu’il en est de sa propre existence lorsqu’il s’absente à l’autre.
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