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Benoit Pype, sculpteur de l’imperceptible

Une découverte du Salon jeune Création 2011

Benoit Pype
Benoit Pype
La sculpture contemporaine nous a initié aux plaisirs du gigantisme, pourtant d’autres approches du geste sculptural sont possibles à l’opposé, du côté des très petites formes, de l’acte quasi chirurgical, aux côtés de celui d’artisans d’art comme le joaillier ou l’orfèvre.

Voir en ligne : www.jeunecreation.org/pqrst/benoit-pype/

Le salon Jeune Création 2011, l’un des plus anciens dans notre pays, accueilli de façon très professionnelle au 104 nous offrait cette année, parmi d’autres propositions scénographiées de façon toute singulière, une de ces créations rares qui font que nous nous trouvons face non pas seulement à une œuvre mais à un univers.

Benoit Pype a reçu une formation duelle d’abord généraliste à l’Ecole d’art de Montpellier et plus spécifique dans son versant Arts Décoratifs dont il a été diplômé en 2008 . Du premier cursus il a gardé une culture contemporaine qui fait qu’aujourd’hui sa production voisine avec celle de quelques grands créateurs singuliers. De sa seconde formation il a su apprendre l’exigence et la précision du geste au service d’un faire œuvre.

Si l’on doit trouver une famille de création à ce jeune artiste elle se situe entre miniaturistes contemporains et artistes collectionneurs. En tout premier lieu on peut penser à la façon dont Hubert Duprat fait travailler des larves d’insectes aquatiques, les Phryganes en détournant leur capacité à se construire un fourreau mobile pour leur protection. Il leur fournit diverses substances précieuses feuilles d’or, diamants, émeraudes, rubis, saphirs, turquoises et opales dont elles se bâtissent une carapace miniature que l’artiste expose ensuite. Benoit Pype se contente lui d’offrir présentoirs, afin de magnifier des éléments naturels ou même des déchets de la vie urbaine à travers ses « sculptures de fond de poche ».

Dans les feuilles larges de plantes d’appartement de type philodendron l’artiste a découpé le plan d’une ville dont la localisation se trouve indiquée en légende. La confusion des surfaces nervurées et du réseau urbain se transforme aussi selon les lois du déssèchement. Le microcosme naturel, éphémère, se substitue à la cartographie urbaine, plus pérenne, dans cet échange s’instaure cette « géographie transitoire ».

Par d’autres aspects plus liés à la collection son travail rejoint aussi celui de Guy Limone qui même s’il a troqué ses tubes de couleurs pour agencer des figurines miniatures, se revendique toujours peintre. La prolifération de ses figurines rangées en alignement s’organisent en statistiques dont l’objet se définit dans le cartel. Là se situe sa différence avec Benoit Pype qui travaille lui des singularités, des unités discrètes ou de courtes séries.

La même méticulosité qui concourt à la qualité de ses réalisations sous tend la manière de mettre en scène son travail dont il assume ainsi la méthodologie méticuleuse : « La présentation de mes travaux s’articule autour de trois bureaux spécifiques, trois stations de travail privilégiant l’oeuvre en cours et soulignant l’importance du processus et du déploiement de l’activité dans la durée. »

Il rejoint ainsi le mode de production de Tatiana trouvé et de son « Bureau des activités Implicites ». Elle non plus n’hésite pas dans les correspondances qu’elle instaure entre micro et macrocosme à se référer à des notions issues de la géographie, de nombreuses installations à échelle réduite fonctionnent ainsi en tant que « polders ». Si tous deux s’affirment profondément sculpteurs, leur rapport d’échelle au réel n’est pas similaire. Tatiana Trouvé se situe plus volontiers dans la maquette quand Benoit Pype expérimente l’échantillon.

Bien entendu si l’on devait attribuer à cette recherche sculpturale une paternité philosophique elle viendrait illustrer plastiquement les théories de Vladimir Jankélévitch alternant entre « Le je ne sais quoi et le presque rien ». Là où le penseur cherche à à cerner la très petite unité qu’est l’instant vivant le plasticien défend une pratique d’ère de crise, où les matériaux qui peuvent encore faire l’objet d’une transformation ont perdu toute noblesse, toute valeur marchande immédiate. Son acte de création leur confère une dignité neuve, l’imperceptible accède au rang du bijou.

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