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« Ana Mendieta. Le temps et l’histoire me recouvrent » : Fusion du corps avec la nature

Une exposition à découvrir jusqu’au 27 janvier au Jeu de Paume

Le musée du Jeu de Paume rend hommage à Ana Mendieta, cette artiste cubano-américaine qui a voyagé à la rencontre de paysages dans lesquels elle a entrepris une union avec la nature, en cherchant à y laisser sa trace. Son travail a marqué l’histoire de l’art et unit sculpture, land art et performance « terre-corps », comme elle la désigne.

Voir en ligne : http://www.jeudepaume.org/

L’artiste explique : « Je crois en l’eau, en l’air et en la terre. Ce sont toutes des divinités. Et elles parlent. Je communique avec la déesse de l’eau douce. » 1 Cette exposition met en lumière, pour une des premières fois, ses films aux côtés d’une trentaine de photographies. Ceux-ci témoignent des différentes préoccupations d’Ana Mendieta, qu’on connaît surtout pour ses performances et pour son approche des éléments naturels comme vecteurs de sensations, espaces de rituels et d’expériences pour évoquer son histoire personnelle ainsi que sa relation à son pays d’origine. Les thèmes de la mémoire, de l’Histoire, de la culture, du rituel et du passage du temps apparaissent également de façon récurrente dans son œuvre.

Découpée en quatre sections, cette exposition permet de découvrir les paysages et les territoires que l’artiste a explorés. Dans chaque salle, le visiteur est invité à prendre le temps de contempler diverses situations et postures dans lesquelles Ana Mendieta a tenté une connexion à la nature. Les différents films présentés ensemble conduisent à la sensation d’être immergé dans des environnements où se révèlent la puissance de certains phénomènes naturels. La première section, « Eau, Cuba, réconciliation », regroupe quatre des dix-neuf films réalisés par l’artiste entre 1974 et 1981 dans lesquels apparaît l’élément eau. Ils introduisent les moments de fusion qu’elle a cherché à établir au contact des éléments naturels. Silueta de Arena montre sa silhouette, qui se substitue à son propre corps. Cette figure a été créée par les remous de l’eau qui ont lissé, au fur et à mesure, une surface. Ce film témoigne de l’effet du temps de la nature, créatrice de formes.

Puis, un passage vers d’autres paysages s’opère dans la salle centrée sur les thèmes de la terre, du feu et de l’arbre de vie. Plusieurs films témoignent des expériences durant lesquelles l’artiste a entrepris une relation profonde avec la terre et le feu, ces éléments pris pour leur puissance et pour la source d’énergie qu’ils contiennent. Birth (Gunpowder Works) suggère l’apparition d’un corps, comme surgissant de la boue séchée et craquelée. Trois films réalisés en 1979 également présentés ensemble montrent des instants spectaculaires. Une lumière intense émane de ces paysages de terre et de feu. L’arbre de vie, qui a intéressé l’artiste se retrouve dans un ensemble de trois films, qui se font écho. Ceux-ci mettent en lumière différentes empreintes de son propre corps dans la nature. Ces films dévoilent des phénomènes sublimes et nous conduisent à ressentir les sensations qu’a éprouvé Ana Mendieta au contact du feu.

L’exposition se poursuit par un ensemble de films qui retracent sa recherche artistique sur l’Histoire, sur la mémoire et sur les événements qui ont influencé sa vie de femme artiste. Les œuvres d’Ana Mendieta relèvent pour certaines du rituel. Les deux films Silueta del Laberinto et Burial Pyramid transportent vers des lieux chargés d’histoire. L’artiste évoque de façon symbolique la séparation et le besoin de retrouver une connexion avec les territoires qui ont marqué sa vie. Pour elle, la nature lui permet de retrouver le lien avec ses origines. Puis, le corps de l’artiste se fait d’autant plus présent et surtout mis à l’épreuve. Quatre films ici montrés traitent du corps, de l’identité, du sexe ainsi que des rituels. On découvre l’artiste utilisant son propre sang comme matériel artistique. Ces vidéos renvoient à la vulnérabilité du corps et provoquent une impression de fragilité de l’humain.

À ces œuvres filmiques s’ajoutent une série de cinq films qui éclairent la biographie personnelle, politique et spirituelle de l’artiste et permettent d’établir des correspondances avec ses différentes performances. Enfin, les trois derniers films de l’exposition composent une trilogie qui met en lumière les relations tissées entre le déplacement, le retour et la réconciliation. Ainsi, cette exposition présente les différents sujets qu’a exploré Ana Mendieta, dont l’œuvre continue d’inspirer les artistes contemporains. Elle aborde aussi bien la fusion qu’elle opère avec les éléments naturels que son histoire personnelle. Au moment où la problématique écologique et la relation à la nature sont sujets de débats, d’événements culturels et d’expositions, l’œuvre de cette artiste nous conduit à faire attention aux paysages, à y prendre soin et révèle les récits et symboles que certains incarnent.

1Linda Montano, « An Interview with Ana Mendieta », 1984.

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