Accueil du site > Tactiques > Chroniques > ALLEMAGNE : les Années noires

ALLEMAGNE : les Années noires

Fondation Dina Vierny-Musée Maillol.

Otto Dix
Otto Dix

Entretien avec Bertrand Lorquin, conservateur du musée Maillol et commissaire de l’exposition.

Q.Comment vient l’idée d’une telle exposition ?

Quantité d’artistes qui ont participés à la 1ère Guerre Mondiale, et qui étaient issus des avants gardes : expressionnistes, fauves, futuristes, cubistes… ont fait preuve d’un incroyable mutisme, une fois la guerre finie, face à l’évènement auquel ils avaient assisté. C’est sur ce constat qui m’a beaucoup servi qu’est née l’idée de l’exposition. Car, ce qui est vrai pour la France ou les pays engagés à ses côtés, ne l’est pas pour l’Allemagne, où on trouve chez les artistes une volonté de faire une description minutieuse, voire vériste, de ce que fut la guerre.

Il faut d’ailleurs noter, qu’outre Otto Dix, Max Beckmann, Ludwig Meier et Georg Grosz, dont les œuvres témoignant de la guerre sont rassemblés dans cette exposition, bien d’autres peintres allemands ont apportés leur pierre à l’édifice. Le cas de Dix offre certainement l’exemple le plus frappant. On est face à un artiste pour lequel la guerre devient la grande affaire de sa vie. Mobilisé dès la première heure, il participe aux quatre années de combats en première ligne dans les troupes de choc, comme servant d’une mitrailleuse lourde. La guerre transforme totalement sa vie et son art. Il prend dès les premiers instants la mesure de l’énormité de l’événement représenté part le déclenchement immense de forces industrielles à quoi se résume finalement la Première Guerre Mondiale. Il entame aussitôt un reportage qu’il poursuit la guerre durant parallèlement aux combats. Il multiplie les dessins, les aquarelles, crée même à partir de ce qu’il trouve des cartes postales qu’il adresse très régulièrement à une amie. Et tout ça comme autant de notes pour l’œuvre à venir. A partir des années 20, il tourne le dos au style moderniste qu’il s’était forgé et se met à chercher du côté des maîtres anciens, non seulement un art de la figuration, mais aussi des types iconiques aptes à traduire la démence de la guerre. Il suffit de regarder le cycle des cinquante gravures de l’album « La guerre » (1923) pour mesurer l’importance du travail de mémoire et d’histoire qu’il entend entreprendre.

Grosz, comme Dix, adhère immédiatement après guerre au mouvement Dada. Il va développer, plutôt qu’une ligne figurative, ce qu’on appelle le style acéré dont les caractéristiques sont la précision et l’outrance du trait. Décrivant plus encore que la guerre, les ravages produits par la guerre sur la société, il devient le fabuleux témoin de la République de Weimar. Il va montrer avec une incroyable férocité la hideur, plus encore que la laideur, qui exsude de cette caste militaro-prussienne qui refuse d’admettre la défaite et qui distille déjà la venin de la revanche.

Et, là encore, rien d’équivalent à cette extraordinaire critique sociale qui fait que la peinture devient le lieu même de la conscience politique ne se manifeste dans l’art Français. Il suffit de mettre en parallèle ce que Balthus montre dans le célèbre tableau intitulé « La rue », avec tant d’œuvres d’artistes allemands qui ont également fait de la rue un miroir de la société, et qui montrent quelque chose de l’ordre d’une explosion, d’une incroyable culbute, où s’inversent ce qui est en haut et ce qui est en bas, selon la parodie d’une scène de théâtre obscène qui oppose la richesse éhontée au plus terrible dénuement !

L’exposition se clôt sur les œuvres produites en 1930. La crise de 1929 a frappé terriblement l’Allemagne, elle tue la République de Weimar. Tous ces artistes sont alors réduits au silence ou à l’exil. C’est la fin de cette ultime tentative systématique de témoigner de l’histoire par et dans la peinture. C’est aussi le moment de la confiscation de cette ligne figurative par les totalitarismes.

haut de page
++INFO++
ALLEMAGNE : les Années noires Exposition à la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol. Du 31 octobre 2007 au 4 février 2008 61 rue de Grenelle, 75007, Paris.
++Répondre à cet article++

Vous pouvez répondre à cet article. Laissez vos commentaires, remarques, compléments d'informations.

Partenariat

Cliquez visitez...

JPG - 600.5 ko
Réalités Nouvelles

www.lacritique.org - Revue de critique d'art
Plan du site | Espace privé | SPIP