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8 / SUPER 8 de Christophe Berthoud et Bernard Plossu

Plossu 8/Super 8
Plossu 8/Super 8
Le dernier livre de Bernard Plossu est un livre de petite taille (12 x 17 cm), identique à celle de Train de Lumière publié aux mêmes éditions Yellow Now en 2000. Les images, des photogrammes de films de format 8 et super-8 tournés dans sa jeunesse, sont remarquablement analysées dans le texte de Christophe Berthoud dont le style clair et fluide s’accorde bien, comme un écho parfait, à celui du photographe. La profonde complicité de sensibilité et d’esprit qui est la leur favorise bien sûr cela, et rend l’immersion dans le livre tellement agréable et stimulante…

Voir en ligne : http://www.yellownow.be/livre_detai...

Le format allongé des photos réalisées par Plossu dans les années 1980 avec des appareils jetables panoramiques n’étaient pas sans rappeler, déjà, celui des westerns tournés en cinémascope qu’il allait voir enfant avec son père. D’une manière générale, la façon de cadrer du photographe, la spontanéité de l’enregistrement, présentent de fortes affinités avec certains films de la La Nouvelle Vague.

Depuis une dizaine d’années, l’auteur du célèbre Voyage mexicain (Contrejour, 1979), ne cesse d’interroger, plus intimement encore, les rapports entre la photographie et le cinéma. En 2002, il a déjà publié en effet Le cinéma fixe ? chez Filigrannes, puis Plossu Cinéma (chez Yellow Now encore) en 2009.

Train de Lumière était sans aucun doute l’objet le plus audacieux et expérimental de la décennie passée (avant 8 / SUPER 8, qui renoue avec cette audace) : des photogrammes tirés d’un film super-8 en noir et blanc, tourné pendant un trajet en train La Ciotat – Lyon – La Ciotat , hommage aux Frères Lumière (Rappelons que Plossu vit à La Ciotat justement, et ce n’est sans doute pas le fruit du hasard...). Il en résultait des images radicales de dépouillement. Des épures troubles, floutées et granuleuses, quasi abstraites parfois, prises à travers la fenêtre du train, machine de vision se superposant à la caméra dans une étrange osmose déstructurante. (Cf. l’entretien que m’a accordé Plossu en 1999 http://fotopovera.blogspot.fr/2008/04/entretien-avec-bernard-plossu-paris.html et mon article « Les trains de Lumière  » : http://fotopovera.blogspot.fr/2008/07/les-trains-de-lumire-bernard-plossu-et.html)

Dans Plossu Cinéma, Michèle Cohen consacre à Plossu un entretien où ce dernier déclare : « Avec le super-huit, ce qui était agréable, c’était le bruit quand ça filmait, une sorte de silence à moteur doux. Quand au bruit du projecteur quand on regarde les films, brrr, alors là c’est aussi fort que le bruit des machines à écrire d’autrefois ! Même nostalgie ! D’ailleurs, je me demande si ce n’était pas pour le bruit de la machine que j’adorais écrire.  »

Cette déclaration nous éclaire sur le rôle séminal que joue depuis toujours dans sa pratique photographique le cinéma (et la littérature Beat), qu’il s’agisse du cinéma dit parfois à tort « commercial  » (certains westerns par exemple ne le sont pas du tout...) ou d’ « auteur  » (Néo-Réalisme italien, Nouvelle Vague ), ou du cinéma amateur sans ambition artistique.

Les photogrammes de 8 / SUPER 8 sont saturés « de ce silence à moteur doux  » ; ils se succèdent dans un beau staccato, celui d’une écriture de lumière lente.

Troublantes « images-sensations  » (Serge Tisseron) figées dans leur mouvement dont elles gardent la force cinétique, si elle n’en sont pas, en fait, le condensé.

Alors Plossu « photographe-cinéaste  » ou « cinéaste-photographe  »  ? Il est tentant de répondre face à cette « nouvelle série ancienne  », puisque née du visionnage, l’éditing récent de films de jeunesse : plus que jamais les deux à la fois... Christophe Berthoud a bien décrit la singularité de ces images d’un genre nouveau, en forgeant deux néologismes : « Photo-aste ou ciné-graphe, peut-être conviendrait-il d’inventer un terme hybride pour évoquer ce livre et son auteur... Les photogrammes n’ont pas ici le statut de document qui suppléent à l’absence de l’œuvre filmée, mais celui d’images de Bernard Plossu à part entière, nouvelles et pourtant inaugurales, qui attendaient que les conditions techniques et l’opportunité se présentent pour paraître.  »

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++INFO++

noter la parution simultanée de l’ouvrage sensible et auto-biographique de Louise Narbo, dans le même format, chez le même éditeur :

Coupe Sombre (photographies et textes de Louis Narbo), éditions Yelow Now, Crisnée, 2012 http://www.yellownow.be/livre_detail.php ?ItemID=167

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