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2011 Escaut. Rives, dérives

Pinter
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Le Nord, territoire dont l’histoire est liée à celle de l’industrialisation, du travail difficile dans les aciéries et des oscillations permanentes entre progrès social et paupérisation, rejoint la cohorte des régions qui ont décidé de valoriser leur patrimoine culturel. Le choix de la région de fonder un festival d’art contemporain axé sur la sculpture n’est pas anodin. L’association qui pilote ce grand projet a pour nom « Escaut & Acier » en hommage au territoire et au matériau qui fut longtemps la source de la richesse locale. Plutôt que d’inscrire ce festival dans les villes, le choix a été fait pour cette première édition d’impliquer trente-trois villes et villages le long du tracé de l’Escaut, entre Valenciennes et Cambrai. Les œuvres seront présentes dans des églises, des médiathèques, des institutions ou en plein air.

L’équipe organisatrice avec à sa tête l’écrivain, critique d’art et enseignant Alain (Georges) Leduc, commissaire général de l’exposition a présenté ce projet dont l’importance est évidente, la sculpture étant, on le sait, un parent pauvre des expositions d’art contemporain. L’enjeu est simple : donner au territoire une visibilité culturelle en y faisant germer la création. Pour les organisateurs, le territoire a une importance égale à celle des œuvres qui seront présentées. C’est pourquoi le choix a été fait d’ouvrir des lieux dont la vocation première n’est pas d’accueillir de l’art. C’est à travers de constants va-et-vient entre lieux et œuvres que la résonance pourra se faire entendre, qui unit mémoire et création, patrimoine et avenir. Il est déjà possible de se faire une idée de ce que sera ce voyage le long de l’Escaut en regardant de près les noms de pays et les noms d’artistes qui le baliseront. Christian Soucaret exposera dans une déchetterie, dans une chapelle baroque on trouvera une œuvre de Klaus Pinter créée pour la circonstance, dans une ancienne brasserie du XVIIIe siècle, on pourra voir une exposition de groupe de céramistes.

Le territoire choisi, c’est celui du sud du département du Nord, une région assez peu touristique à l’exception de Caudry et Cambrai et plus connue pour ses terrils et ses mines et par les remous dus à la fermeture d’Usinor que par ses joyaux culturels. Ce sera donc l’occasion de renverser cette idée reçue. Lors de ce voyage, on pourra constater combien le Nord est riche en institutions culturelles diverses, comme le Centre Régional de la Photographie du Nord-Pas-de-Calais, basé à Douchy-les-Mines (ville équipée d’un cinéma « Art et essai »), les écoles d’art et les musées de Cambrai et de Valenciennes ainsi que le musée départemental Henri Matisse (le Cateau-Cambrésis).

« Escaut. Rives, dérives » sera différent d’« Estuaire », le festival d’art contemporain qui court le long de la Loire entre Nantes et Saint-Nazaire, en ceci qu’il ne sera pas axé sur les berges du fleuve mais sur les terres environnantes.

Ce festival entend mettre les matériaux à l’honneur et revaloriser la dimension « haptique » de la sculpture. Matériaux, contexte, architecture, histoire, la sculpture est envisagée, ici, comme porteuse de toutes les strates de sa longue histoire, de la statuaire au monument. Klaus Pinter promet une œuvre réellement monumentale de l’ordre de celle qu’il avait réalisée au Panthéon en 2002. Mais il ne sera pas le seul. Nicolas Sanhes, Philippe Desloublières, Bernar Venet seront aussi présents. Les aspects les plus contemporains de la sculpture ne seront pas négligés, comme par exemple, l’interdisciplinarité, évoquée à travers des échanges plus anciens ou les dialogues entre la photographie et la sculpture. On verra le travail de Sybille Bergemann, artiste allemande décédée récemment et qui s’est fait connaître pour ses photographies du déboulonnage des statues monumentales de Marx et Engels en ex RDA.

Une autre exposition présentera en parallèle les sculptures de Costa Coulentianos et les photographies de Marc Garanger, qui a documenté le travail du sculpteur. Ces images en noir et blanc montrent aussi bien ce qu’il faisait pendant ses vacances, que son quotidien et sa vie avec ses amis comme Roger Vailland, et bien sûr l’artiste au travail. Pour la première fois en France, on rejouera la « partition » de « Fluids », une sculpture évolutive conçue par Allan Kaprow en 1967. Il s’agit de la construction, par un groupe de personnes qui travaillent à la chaîne, d’un mur de glace, qui préludera à sa lente et inexorable liquéfaction. Le même esprit d’expérimentation sera présent avec d’autres œuvres, comme un pénétrable de Soto installé dans le musée Matisse au Cateau-Cambrésis. Contrairement au Mur d’Allan Kaprow, la sculpture, vivante, absorbe le corps du visiteur. On sera aussi attentif aux promesses de quelques jeunes artistes comme Filoména Borecka ou Mathis Collins, dont on a récemment découvert le travail à « Dynasty ».

Gageons que nous aurons du plaisir à nous promener le long de l’Escaut cet été, puisque, selon le désir des nombreux maires communistes qui ont adhéré au projet, toutes les entrées seront gratuites.

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