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1969-2001 Prégnance de la couleur, André Valensi, deSylvie Mir Compte rendu de lecture

Vient de paraître aux éditions Naima un livre numérique consacré à l’ensemble de l’œuvre d’André Valensi, un des artistes du mouvement Supports-Surfaces. La monographie est la première consacrée à cet artiste né en 1947 et décédé en 2001. Son auteur, Sylvie Mir, elle-même artiste reconnue, a été en contact avec ce créateur lorsqu’il enseignait dans les écoles d’art de Perpignan puis d’Aix-en-Provence.

Voir en ligne : https://www.naimaunlimited.com

André Valensi étudiait à l’École des Arts décoratifs de Nice jusqu’en 1968. C’est donc très naturellement qu’il rejoint les premières manifestations du groupe Supports/Surfaces. Il participe à la première expression publique de ces artistes novateurs à Coaraze en 1969 puis à des expositions du groupe jusqu’en 1972. Il en sera l’un des artistes fondateurs et aussi un des théoriciens.

L’ouvrage de 137 pages en PDF est une étude très complète de la carrière artistique de ce créateur. Elle se lit très facilement en raison de l’organisation du texte en 14 chapitres chronologiques portant chacun un titre explicite. Citons-en un : « 1990, Entre volontaire et involontaire, les toiles pliées de Mirabeau ». Chacun des chapitres est accompagné d’images reproduisant des œuvres de l’artiste correspondant à l’époque concernée. Les citations des propos de l’artiste sont fréquentes. Le lecteur est donc très bien accompagné dans la compréhension de l’évolution créative d’André Valensi durant ses trente trois années de productions plastiques multiples. La diversité énoncée montre une cohérence de recherche novatrice dans le prolongement l’esprit du mouvement Supports-Surfaces. Tout au long de sa vie ce plasticien fut très conscient de l’importance novatrice de ses recherches : « Aujourd’hui ce qui m’intéresse, c’est de reposer la question de l’espace … de la mise en espace de la matière et de la couleur — et ceci chaque fois de manière autre. Atteignant ainsi des qualités, mais aussi des réalités reliées à une batterie de signifiants, ou des éléments constitutifs du fait plastique ou du langage pictural – donc faire langage. » (extrait d’une conférence en 1993 au musée d’art d’Ohara, Japon).

On peut noter dans cette phrase la volonté de cet artiste de chercher sincèrement et dans des directions renouvelées pour chaque période de création. C’est peut-être là une des raisons qui font que ce peintre reste moins connu du grand public que d’autres créateurs de ce même groupe d’artistes comme Claude Viallat, Louis Cane ou Noël Dolla. L’originalité, la qualité et la sincérité de son travail ne sont pas en cause. La direction prise lors de chacune des étapes de sa recherche plastique ne font peut-être pas autant image personnelle récurrente que les productions de certains de ses compagnons. On peut penser aussi que le décès à 54 ans d’André Valensi n’a pas permis d’identifier toutes les originalités de cette production plastique. Précisons que c’est une quête de recherche d’authenticité renouvelée qui l’a amené au Togo durant les dernières années de sa vie. Il est mort à Lomé des suites d’une maladie tropicale.

L’un des apports de l’ouvrage de Sylvie Mir est de montrer la cohérence de cette recherche plastique à l’intérieur des diverses explorations. Elle insiste comme il se doit sur le travail du support lui-même tant dans sa structure qu’au moyen de l’imprégnation de la couleur. Même dans les toiles découpées, qui permettent la juxtaposition de l’envers et de l’endroit donc la prise en compte par le regard des plis et des dessous, la charge colorée devient « l’énergie agissante de l’œuvre » (voir Sans titre 1981 ou Toile double 1994)

On comprend bien les diverses manières par lesquelles André Valensi va explorer la mise en relation de la couleur et de l’espace entre 1982 et 1996. Le premier exemple parfaitement analysé par Sylvie Mir concerne la « toile torche » exposée en 1982 au Mas de l’enfant à Barbentane. Accrochée par deux - trois points au mur les pans de cette grande toile libre déploient, telle une sculpture, ses couleurs très vives dans l’espace. Celle-ci ne déparerait pas aujourd’hui à la Fondation Louis Vuitton (Paris) dans l’exposition « La Couleur en fugue », à côté de l’installation de Katharina Grosse. Déjà il y a quarante ans la peinture de Valensi sortait du champ restreint de la toile tendue sur châssis. Sans ce bâti orthonormé le textile coloré s’invente une liberté nouvelle en envahissant l’espace (mur, sol, plafond).

« Plusieurs toiles marquées de couleurs sont suspendues dans l’espace ou simplement déposées froissées en volume au sol de la galerie ». Cette toile, écartée du mur, précède la production de filets teints réalisés de 1990 à 1996. André Valensi va prolonger l’idée de sculpture souple et suspendue dans l’espace : la surface de la toile imprégnée de couleur est cette fois réduite au minimum. Il s’agit pour certaines œuvres d’un ensemble de cordages imprégnés de couleurs préparées avec des nuances raffinées avant d’être accrochés côte à côte. Toujours dans la raréfaction des matériaux et les subtilités colorées il y a les deux filets tendus l’un au dessus de l’autre de la collection du CNAP. Sylvie Mir analyse très bien les implications de ce dispositif : « Leurs nappes de vibrations s’étalent ou fuient dans le moirage des mailles. Par des connivences formelles, des proximités de valeur ou de couleur avec l’espace local, les filets se fondent dans la profondeur, se dématérialisent par fragments. À chaque déploiement du filet, c’est cette intensité particulière qui est restituée : la couleur habite l’espace, vit et se renouvelle à travers les déplacements du regard autour de ce grand corps léger en suspension. » Dernière précision : le titre donné à cette création de 1990 est tout à fait signifiant Piège à regards.

Le livre, 1969-2001 Prégnance de la couleur, André Valensi, nous fait connaitre par le texte et par l’image les dernières recherches de l’artiste. À partir de 1997 et son départ pour Lomé (Togo) les créations plastiques de Valensi se diversifient. Certaines intègrent des influences africaines. « Il se passionne pour le travail de l’indigo, les motifs de l’empreinte et de la palme, les tressages, les nattes et textiles imprimés. » 
Il entreprend aussi d’intégrer dans ses compositions ses figurations elliptiques de visages avec uniquement quelques tracés au pinceau indiquant un profil, une bouche ou des yeux. Il réalise aussi un certain nombre de nus féminins, les uns allongés d’autres verticaux. Ses corps sont accompagnés de larges aplats colorés tracés gestuellement. Une dernière série de créations semblait prometteuse : en 2000 ses peintures sur toile libre avec des bombages sur filet semblent pouvoir constituer une suite aux œuvres de jeunesse.

On entend dans ce compte-rendu de lecture du texte de Sylvie Mir combien celui-ci, paru 20 ans après le décès de l’artiste, nous fait redécouvrir tout à la fois l’originalité, la sincérité et la cohérence des productions plastiques d’André Valensi. Cela appelle bien entendu à la mise en place, dans un avenir proche, d’une véritable rétrospective de cet artiste dans un grand musée.

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