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119 -911, une archéologie icônique

De quelques 11 Septembre

2001
2001
Sous le titre 119-911, au code facilement déchiffrable, l’exposition de Jean-Luc Amand Fournier à la galerie Aréna de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles nous invite à un voyage aussi drôlatique dans la forme qu’inquiétant pour les présupposés idéologiques qu’il dénonce. Ce choix d’images déroule le film des es dernières décennies sous l’éclairage tout particulier « de quelques 11 Septembre ».

Voir en ligne : www.ensp-arles.com

Jean-Luc Amand Fournier qui a été enseignant à Arles de 1998 à 2011, se consacre désormais à plein temps à son œuvre personnelle qui se matérialise dans sa dernière occurrence comme un ensemble de photos et légendes. Elles activent à égalité notre curiosité de l’Histoire du siècle et la décennie qui vient de s’écouler.

Censé soigner nos « troubles de mémoire » pour contrecarrer « la fin de l’Histoire » comme « la Fin des alibis » cet ensemble déroute d’abord nos certitudes. Difficile de départager les images relevant de la création directe de l’auteur de celles de ses choix dans l’iconographie politique récente. Tout aussi ardu pour le spectateur de départager dans les textes les faits de l’histoire collective ou individuelle et les fictions qui les mettent en perspective ou plutôt en crise.

Pour nous y repérer on peut isoler les aventures relevant de destins intimes, celles de cet écrivain et de son manuscrit qui malgré l’attrait d’une couverture n’est pas publié, ou celle de l’artiste égaré dans le désordre de son atelier et qui y cherche son organisateur, tous deux avatars de JLAF ? (son surnom) mais pour quel jeu de rôles ? Question qu’il reformule lui-même dans son texte introductif en la resituant dans une autre chronologie « Combien de dates masquent les faits ? »

Jean-Jacques Courtine dans Déchiffrer le corps, Editions Jérôme Million, en 2011 répond à la question en ouvrant la perspective :

« Le 11 septembre, ou bien Abou Ghraib, n’échappent pas à cette règle qui en fait tout à la fois un événement et un spectacle, une réalité historique en même temps que virtuelle, et les inscrit dans les faits d’une histoire globale tout autant que dans la généalogie d’une mémoire des images. »

Certains de ces faits résistent aux bouleversements, comme ceux qui ornent cette Croix Rouge à l’ouverture de l’espace d’exposition. "Chaque 11 septembre, depuis l’an 2000, la Croix Rouge Française organise la journée mondiale des Premiers Secours. Les évènements de 2001 n’ont rien changé au choix de cette date." Dans ses choix le photographe déplace quant à lui le statut des images selon une logique que Jean-Jacques Courtine lie dans le même ouvrage à sa capacité à Penser avec Foucault (son sous-titre) :

« La perspective archéologique permet de sortir une bonne fois pour toutes du paradigme sémiologique de traitement des images sur le modèle de la langue, pour les inscrire, au côté des discours et liés à ceux-ci, dans l’analyse historique de la matérialité des savoirs. »

Ces ensembles par leur complexité s’affirment à l’époque de la culture google ou wikipédia dans leur capacité à développer ce que le même philosophe appelle l’intericonicité qui « se constitue à partir du réseau des réminiscences personnelles et des mémoires collectives qui relient les images les unes aux autres. »

Ces œuvres nous rappellent au devoir de doute. S’il s’est substitué au devoir de mémoire c’est que l’omniprésence de ces sources logicielles tente de nous faire croire à la possible économie de l’oubli. Dans leur radicalité ces œuvres s’adressent aux idéologues de tous poils elle les prévient : « Vous n’avez pas d’alibi. Vous êtes faits. »

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